C’est la différence avec avant, et la grande responsabilité des médias : avoir décomplexé des régiments de décérébrés, qui détiennent la parole et se permettent de penser, comme n’importe quel génie. Faut les entendre distiller leurs salades, approximations, réflexes affectifs, jugements de valeur, raccourcis mentaux… Un mélange hallucinant de complaisance (de la part des diffuseurs) et de démagogie (de la part des jeunes) qui nous fait hésiter en permanence entre le rire et les larmes. Le rire de voir que le système est capable de se chier dessus pour perdurer, mais la colère de ne pas pouvoir lutter à armes égales contre cette agression torrentielle.
« Tout simplement se faire entendre en 2007 parce que les élections elles arrivent vite, et je pense il arrive un moment où faut qu’on se fasse entendre, on est beaucoup de jeunes à s’abstenir et ça pourra peut être changer la donne. »
Que Diam’s chante et remplisse les salles, c’est une chose. Que les jeunes se retrouvent dans ses embryons de pensée, soit, c’est l’âge con. Mais quand on ouvre son bec dans les médias, on entre automatiquement sur la scène politique. Porte-parole inconsciente (et fort bien rémunérée pour ça) du système médiatico-marchand qui promeut la confusion mentale et diabolise la lucidité, Diam’s confond son succès avec les besoins d’un système cynique : pour être de bons consommateurs, il faut que les jeunes soient ignorants et le restent.
« Comme je l’ai souvent expliqué, des fois j’arrive pas à expliquer vraiment pourquoi y a cette espèce de…bah de haine du flic alors que j’ai pas été confrontée à des problèmes ou quoi que ce soit. »
Diam’s nous fait partager ses interrogations niveau 5ème (la classe, pas la chaîne) en nous noyant sous des pelletées de mots, phrases, interviews, chansons, qui nous enterreraient vivants si on ne faisait pas gaffe en permanence. Toujours, il faut déblayer. Chaque jour, chaque matin, après les bombardements médiatiques de la veille, dégager le cerveau des gravats, récupérer ce qui reste de Raison, de Lucidité, et considérer tout cela avec humour. S’exhumer est devenu un sport complet. Il faut être déterminé pour résister à cette offensive du Travail d’Ignorance. Qui rend tout faux : la soumission aux jugements de valeur s’appelle « liberté » (« ma liberté de penser », chante même un trou du cul millionnaire qui fraude le fisc), la trouille petite-bourgeoise « résistance », et le matérialisme égoïste « revendication ».
« Bah on a pas tous le choix de se battre en fait, c’est un peu ça. Tout nous est pas donné, on a pas tous les moyens de s’en sortir. Donc, moi c’est vrai si y avait pas le rap je sais pas ce que je ferais aujourd’hui. J’étais pas très bonne à l’école, j’avais pas d’autres passions, on m’a pas laissé à un moment donné d’autres moyens en tout cas, donc le rap c’est une musique qui nécessite aucun moyen, nécessite rien, juste une feuille et un stylo. »
Le pendant masculin de Diam’s (ou bien c’est l’inverse), c’est ce fils à maman de Bruno Julliard, Che Guevara de la fac de droit de Lyon II , avec son petit blouson étudié spécial « zéro signe extérieur de richesse », son air innocent de carriériste, sa morgue d’étudiant en intelligence, comme diraient les Nainrockuptibles, son dogmatisme jurassique à 25 ans, sa profonde méconnaissance des réalités de l’entreprise… Il faudrait se sentir solidaire de la révolte d’un étudiant en 5ème année de droit, propre sur lui, à l’avenir assuré, et déjà suffisamment cynique pour parler un double langage à ses coreligionnaires, emportés dans l’ivresse de l’élan vital d’un printemps un peu plus chaud que les autres. Simple affaire de gonades, camouflées sous un discours hâtivement bricolé pour la circonstance.
Dire que les micros se tendent sous le bec de ces microcerveaux, qui n’ont même pas conscience qu’on les laisse s’exprimer justement parce qu’ils n’ont RIEN à dire, et qu’ils ne pigent rien à ces enjeux qui les dépassent.
« Moi je trouve que la vie est dure, même au delà de tout ça, je trouve que les rapports humains sont durs en fait, ça y est tout est complètement faussé, moi je me retrouve pas du tout sur cette planète, par rapport à mes valeurs, par rapport à conception que je m’étais faite de l’amour, par rapport à plein de principes que je m’étais plus ou moins imposés, par rapport à des idées que je m’étais faites. Et en fait juste je suis en train d’arriver à un âge où je me dis « merde, je me suis totalement trompée ». Est-ce que je me suis totalement trompée ou est-ce qu’ils sont en train d’essayer de me faire changer d’avis. Et auquel cas, si c’est ça, et bien je campe sur mes valeurs. »
Pourquoi faut-il qu’on nous inflige ces vaniteux sans expérience qui viennent donner des leçons à toutes les générations ? Qu’est-ce qu’on a fait de mal pour naître au milieu de cet HP médiatique ? Le système politique semble à bout de souffle, remarquent les spécialistes des médias. Le système médiatique aussi, oublient-ils opportunément de signaler. Si pour se prolonger il doit mettre en scène une douzaine de putes dans la jungle amazonienne, donner la parole à des chanteuses connes à crever, orienter l’information dans le sens de son seul intérêt et laisser les animateurs-voleurs comme Ardisson Fogiel et Delarue « tenir » le débat public, alors il a du souci à se faire.
« Je campe en fait effectivement sur des valeurs, je fais une musique d’instinct, je fais du rap, j’ai la liberté entre guillemets d’expression, j’ai cette chance justement de pouvoir réellement dire ce que j’ai sur le cœur. Donc je campe sur certaines valeurs mais j’ai pas cherché à me radicaliser si ce n’est qu’effectivement un combat contre le FN… »
Ah, nous y voilà ! Le brevet de Liberté et d’Intelligence, que chacun peut se décerner en se déclarant ennemi du FN. Jamais un brevet n’a été aussi facile à passer, avec autant de débouchés à la clé (presse, radio, télé). Nous, une conscience si facile à élever, ça nous semble louche, vu le nombre d’années qu’on passe à gratter un millimètre de conscience sur le néocortex.
« En fait j’ai grandi moi, je suis née en 1980, j’ai grandi avec le visage de Jean-Marie le Pen à la télé, voilà visage de l’ennemi, visage de comment dire, de la menace et tout ça. Et je m’aperçois que bah en fait la nouvelle génération elle va aussi beaucoup grandir avec le visage de sa fille parce que c’est elle aujourd’hui qui vient aussi parler au nom du Front National. Et je me disais merde, il y a un nouveau visage et celui-là finalement à première vue il fait moins peur. Donc il est très très dangereux je pense même. Parce que c’est une femme, parce que finalement elle est pas laide ou quoi que ce soit, comme je dis souvent ça pourrait être quelqu’un de ma famille quoi, physiquement je vois pas vraiment de différence entre Marine et plein de femmes que je peux croiser tous les jours, je parle physiquement. Donc, je me dis merde, tout d’un coup c’est un peu Madame Tout-le-monde aussi, et Madame Tout-le-monde à l’intérieur elle a pas les problèmes de Madame Tout-le-Monde et le même combat. »
Ils ont de la chance les amis de la Liberté que Le Pen ait une sale gueule ! Tout à fait la gueule de l’emploi, le repoussoir à jeunes. Dans les urnes, par contre, il semble que les jeunes ne soient pas terrorisés par Jean-Marie… On se demande si le Gros ne joue pas exactement le rôle qui lui a été dévolu sur l’échiquier politique. Et si les gens vraiment dangereux n’étaient finalement pas les metteurs en scène de cette farce pour jeunes.
Ceux qui distribuent les rôles, superbement taillés sur mesure pour ratisser large dans le public et confisquer le débat entre personnes autorisées : le gentil mou (Bayrou), le gentil gauchiste (Hollande), la gentille mère fouettarde (Ségolène), le méchant mais juste (Nicolas)… Et au bout de la chaîne, on s’étonne qu’une dinde comme Diam’s se retrouve avec une opinion aussi simpliste…
Diam’s et Julliard, c’est vraiment le couple de l’année, la victoire de la jeunesse qui braille en rap ou en slogans contre le méchant principe de réalité. Le problème, comme toujours avec les meneurs, c’est qu’eux ils ont le cul bien au chaud. Et que les cloches qui « achètent » leurs chansons payent cher pour les croire.
Allez, pour la route, une citations de la penseuse Diam’s :
« L’Islam c’est quand même une religion qui prône des valeurs super saines avant tout, le respect, le respect de soi-même, le respect d’autrui, quand derrière ça il y a des gens qui usent des religions pour faire mal etc, on peut pas en faire une généralité à chaque fois, c’est ça qu’est un peu énervant à chaque fois, tout le temps faire des généralités. Y a des bons, c’est triste à dire, c’est super con à dire, y a des bons et des mauvais partout mais on tape trop sur cette religion. »

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DIAM’S, QUELLE CONNE’S !










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