Avec la parution du 828 ème et dernier numéro de sa revue littéraire "O Nazista do Sul", la maison d'édition carioca "Barraca dos Livros" vient de mettre fin à trois quart de siècle consacrés à la diffusion au Brésil des idées et des oeuvres nationales socialistes.
Cette disparition a été unanimement saluée par ses confrères :
- Jornal da Tarde de Sao-Paolo :"Ce torchon nazi était la honte du Brésil. Nous allons nous offrir le plaisir d'acheter le dernier numéro pour nous torcher avec",
- Fohla de Sao-Paolo :"A côté de "O Nazista du Sul", le "Stürmer" de Streicher c'était le journal de Mickey",
- Jornal do Brasil de Rio-de-Janeiro :"Les mots-croisés de ce brûlot fasciste auraient justifié à eux seule la saisine de chaque numéro et la mise à l'ombre du rédacteur en chef",
- O Globo de Rio-de-Janeiro : "La rubrique des rencontres et les annonces matrimoniales étaient une insulte constante à notre République fédérative et métissée".
Rosemberg Jefferson de Souza da Costa, le fondateur de la maison d'édition, ne s'était pas fait que des amis au cours de sa longue carrière.
Cette carrière avait débuté au début des années trente à l'issue d'un voyage d'agrément coutumier aux jeunes gens de la haute bourgeoisie carioca.
Jusqu'alors assez insouciant de son avenir professionnel, Rosemberg reçut la révélation de son destin au cours de son séjour dans la capitale allemande au début de 1934.
C'est en assistant dans une atmosphère électrique à l'un des nombreux défilés aux flambeaux qui parcouraient Berlin que le jeune Rosemberg découvrit la supériorité esthétique du national-socialisme sur les régimes politiques des pays qu'il avait visités : monarchie ploutocratique au Royaume-Unis, république pinardière et roublarde en France, théâtre de marionnettes dirigés par un Mangiafuoco sentimental en Italie.
Ses relations à l'ambassade du Brésil à Berlin lui permirent d'obtenir rapidement une entrevue avec le nouveau maître de l'Allemagne.
Cette rencontre qui ne dépassa guère les 10 minutes transfigura la vie de Rosemberg qui découvrit en Hitler un excellent connaisseur de la réalité brésilienne. Rosemberg n'oublia jamais les paroles que prononça alors le Führer : "Je pense souvent au Brésil car je pense toujours à l'Allemagne. Voyez-vous votre pays est l'antithèse absolue de ce que je souhaite pour l'Allemagne. Je ne sais peut-être pas encore ce que je cherche à atteindre ni comment mais je sais exactement ce que je fuis comme la peste et pour le savoir il me suffit de regarder à l'ouest de la ligne de partage du Traité de Tordesillas".
Certes les connaissances géographiques du Führer semblaient dater un peu mais pour Rosemberg la voie semblait toute tracée : créer au Brésil des îlots de pureté nationale-socialiste qui brilleraient dans la nuit brésilienne comme brillent sur le drapeau national, les étoiles dans le ciel de Rio de Janeiro, ce 15 novembre 1889 à 20h30, date de la proclamation de la République.
La rencontre fut immortalisée par Heinrich Hoffmann dont le cliché acheté à prix d'or par Rosemberg et inséré dans un cadre d'argent accompagna chaque moment de la vie du carioca.
A suivre...