N'écoutant que son devoir, Yvonne monte en voiture et fait les quelques kilomètres qui séparent la propriété des De Gaulle du Leroy-Merlin de Moulinsart. Heureusement, l'établissement est bien fourni en pelles et elle n'a que l'embarras du choix. Elle prend celle qui lui semble le mieux convenir à son auguste époux, un modèle assorti à sa tenue kaki, et quitte les lieux sans payer (tout le monde connaît les de Gaulle et aucun commerçant n'aurait l'outrecuidance de leur demander de payer quoi que ce soit).
De retour à la ferme sur les chapeaux de roue, elle remet avec fierté la pelle à son mari. Ravi, celui-ci s'en empare, et en caresse affectueusement le manche. Parfait ! Avec un tel outil, s'écrie-t-il, il y a de quoi travailler correctement.
Heureux comme un enfant, le général s'en va rejoindre le petit carré de terre où il projette de planter des carottes nouvelles, et commence à bêcher avec ardeur. Voilà assurément une journée qui commence bien, se dit-il. Une journée qui, comme toutes celles vécues par le général, est assurément de celles dont l'Histoire se souviendra.
Et de fait, l'Histoire de France s'en est souvenu – on se demande bien pourquoi en réalité. Mais c'est ainsi que cette journée - que doit connaître tout jeune Français cultivé et de bonne éducation - est devenue celle de ce que l'on appelle dans les livres scolaires « la pelle du 18 juin ».