ADJANUL

Madame la Présidente du Cinquantième Festival de Cannes nous la joue plus "star" que jamais. Lunettes noires sur le nez du matin au soir et dehors comme dedans, comme il sied aux vieilles pies du showbiz, caprices enfantins et exigeances délirantes, la dame semble oublier qu'elle a somme toute plus de flops et de navets que de chefs-d'oeuvre à son actif. Qu'elle redescende un peu sur terre, et elle retrouvera peut-être autre chose à nous raconter que ses réflexions désabusées sur l'amour...

par Ray Montbar

Madame la Présidente en lunettes noires nous gonfle. A trop vouloir s'afficher comme la plus grande des stars françaises, Madame la Présidente en lunettes noires finit par se rendre ridicule. Trop de folklore staresque tue le star-système, et Madame la Présidente en lunettes noires use et abuse du folklore staresque: Rays-Ban sur le nez du matin au soir en toutes circonstances (les garde-t-elle pour dormir ?), caprices enfantins (voir notre rubrique "Les Caprices des Dieux"), moue boudeuse et attitude inaccessible, toilettes exubérantes forcément haute-couture, mystère sur sa vie privée (pas tant que ça d'ailleurs, lorsqu'on peut la voir étaler son fils et ses amours dans "Match" !), hostilité ostensible et simagrées continuelles à l'égard des photographes et des journalistes - qu'elle n'hésite pourtant pas à utiliser sans vergogne quand il s'agit de se faire sa promo. Madame la Présidente en lunettes noires est une enfant gâtée incapable de simplicité. Adjanul.

BEAUCOUP DE NAVETS POUR UN BON FILM

Pourtant, comme tant d'autres de ses camarades saltimbanques de luxe qui ont la mémoire courte, Madame la Présidente en lunettes noires ne devrait pas tant la ramener. Car Madame la Présidente en lunettes noires à somme toute tourné dans plus de navets que de chefs-d'oeuvre. Pour un "Possession", le meilleur film du déjanté Zulawski, combien de "Toxic Affair", et autres petits films insipides et niais ?

Elle nous joue la star internationale, mais il faut peut-être remettre les pendules à l'heure: en réalité, les américains la connaissent à peine. En tout cas, ce n'est pas elle qui attire les foules US, à en juger par les flops de ses quelques films états-uniens: "Driver", "Ishtar", "Diaboliques", rien que des fours monstrueux !

Plutôt que de veiller à son image, madame Adjanul ferait mieux de choisir ses films avec plus de discernement. Et, par ailleurs, cesser de vouloir tout régenter lorsqu'elle tourne. Car si la plupart de ses films sont sans odeur c'est parce que Madame Adjanul n'accepte de tourner que si on lui permet d'assurer elle-même la mise-en-scène, c'est-à-dire la mise en valeur, de sa petite personne. En clair, on ne dirige pas mademoiselle Adjani, c'est elle qui se met en scène comme une grande. Comme son alter ego masculin, Delon, dont la mégalomanie légendaire n'a rien à envie à la sienne. Quand il n'y a pas un type de la trempe de Zulawski pour la mettre au pas et la diriger avec talent, le risque est donc grand de voir la dame transformer "ses" films, comme ce fut le cas pour "Camille Claudel" ou "La reine Margot", en de pompeux festivals de cabotinage adjanesque. Inutile dès lors de chercher la patte d'un metteur en scène dans une oeuvre interprétée par Adjani, vu qu'Adjani ne tolère pas une autre vision d'elle-même que la sienne.

ADJANI ARRIVE, DEHORS KAPRISKY !

On a aussi beaucoup loué l'audace de la belle pour avoir "osé" tourner les quelques rares scènes de nu de "L'été meurtrier". C'est oublier que le rôle, écrit pour elle, lui avait été proposé dès le départ, mais qu'elle l'avait d'abord refusé par peur des scènes déshabillées. Valérie Kaprisky fut embauchée à sa place... puis finalement congédiée peu avant le début du tournage en raison du changement d'avis soudain de la star: Mademoiselle Adjani s'était finalement décidée à faire "L'été meurtrier", quitte à ravaler sa pudeur naturelle. Valérie Kaprisky, qui avait répété et appris le rôle, n'eut donc plus qu'à aller se rhabiller sans autre forme de procès. C'est ainsi: quand mademoiselle Adjani décide d'accepter un film, tout s'organise autour d'elle, en fonction de sa petite personne. Et tant pis si ça froisse les susceptibilités d'acteurs ou d'actrices qui n'ont pas le statut privilégié de l'immense star...

Quant aux "scènes de nu" de "L'été meurtrier", permettons-nous de rigoler doucement. Dans le genre audacieux, on a fait mieux: dans ce film, on ne voit l'Adjani nue et de face que l'espace d'une brève scène, filmée de très loin. Pour le reste, c'est un bout de sein une seconde et demi par là, un bout de fesse 3/4 de secondes par là, pas de quoi ravir un amateur d'arrêt sur image/avance rapide ! Là encore, Zulawski avait fait nettement plus fort en la faisant forniquer avec un poulpe géant dans une mansarde sordide d'un pays de l'Est...

UNE PRÉSIDENTE PAS AU DESSUS DE TOUT SOUPÇON

Cette année, madame Adjanul est donc la Présidente du jury cannois. Quand on connaît certains de ses antécédents en matière de pratique du pouvoir, on peut craindre les effets pervers de la propension au dirigisme de la dame. En effet, lorsqu'elle était présidente de la commission d'Avances sur Recettes du Centre National du Cinéma, organisme national et public qui attribue des bourses conséquentes aux cinéastes afin de les aider à produire leurs films, on se souvient que Madame avait accordé à la production du film "Camille Claudel", réalisé par son mari d'alors, Bruno Nuytten, une fort généreuse subvention. En clair, madame Isabelle Adjani, réprésentant l'État et mandaté par lui pour un an, finançait sans complexe mademoiselle Adjani Isabelle, producteur privé. Du jamais vu jusqu'alors au CNC, dont le règlement exige que les membres des jurys n'aient jamais partie liée avec un quelconque projet présenté devant la Commission. Mais, c'est bien connu, les règlements sont faits pour être, discrètement si ce n'est habilement, contournés. Et il est vrai aussi que le fonctionnement de la Commission d'Avances sur Recettes n'a jamais été un modèle de transparence, même avant qu'Adjani en soit présidente...

Isabelle Adjani est une star, il serait absurde de le contester. Elle est, selon la formule consacrée, "belle et intelligente". Mais, comme la plupart de ses petits camarades de la profession, elle ferait bien de redescendre un peu sur terre, et de regarder ce qui se passe du côté de ses contemporains qui n'ont pas la chance, eux, de n'avoir pour uniques soucis que des déboires sentimentaux (qu'elle étale complaisamment dans la presse "people") somme toute affligeants de banalité. Que madame Adjani s'évade de son narcissisme et de son nombrilisme, qu'elle essaie plutôt de s'ouvrir sur les autres et de retrouver un peu le contact avec la réalité, avec toute cette "matière humaine" que composent les anonymes de la vie de tous les jours, et dans laquelle une comédienne doit puiser son inspiration. Qu'est-ce que ça peut bien lui foutre d'être prise en photo durant un événement forcément monstrueusement médiatique comme le Festival de Cannes ? Elle a voulu être star, et Présidente du jury cannois de surcroît, alors qu'elle assume ! Qu'elle se coltine plutôt le monde, au lieu de se complaire dans des simagrées de gamine mal embouchée. Qu'elle essaie de comprendre un peu ce qui se passe autour d'elle, plutôt que de s'obstiner à vouloir s'isoler de ses semblables.

Peut-être alors retrouvera-t-elle autre chose de plus essentiel à exprimer dans les films qu'elle interprète que son habituel et détestable penchant au narcissisme, et la mise-en-scène soigneusement calculée de sa petite personne.


N.B: Madame Adjani nous fera-t-elle un procès pour avoir osé diffuser des photos d'elle sans sa permission ? Le cas échéant, ça nous ferait une bonne pub, merci ! Réponse dans les semaines qui viennent.

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