par le méchant René Gatif
CINÉMA
FOLLE D'ELLE, de Jérôme Cornilleau
D'accord, c'est facile de taper sur Ophélie Winter. D'accord, mais c'est tellement agréable ! Faut dire que miss Gros Poumons & Grande Gueule n'est jamais la dernière à donner les verges pour se faire battre. Donc, merci beaucoup, je les saisis : ce film est naturellement une grosse merde. Pourquoi ? Parce que, telle l'immense star internationale qu'elle est seule à se croire être, miss O.P l'a monté elle-même, en imposant son réalisateur et son équipe. Elle s'en est expliqué dans l'émission de Ruquier, et ça vaut son pesant de cacahuètes. En gros et en V.O : "Tu vois, au départ, les mecs y m'avaient collé un réal avec qui je m'prenais la tête. Le problème c'est que j'aimais bien le scénar, alors j'ai dit OK les mecs, si vous voulez que j'le fasse, ce film, faut me changer le réal'. J'en veux un que j'connais, avec qui j'ai d'jà fait des clips et qui me prend pas la tetê, tu vois. Appelez Jérôme Cornilleau, tiens, il a 'achtement de talent, le mec.". Or donc, les producteurs, dévoués en diable et pas contrariants pour un sou, ont viré le précédent "réal'" et appelé à la rescousse le jeune et génialissime Cornilleau J., auteur de quelques clips de O.P - et qui possède en outre la qualité essentielle d'être le "yesman" idéal. Résultat: "Folle d'elle" est un navet impersonnel et aseptisé, dont tout le monde se taperait complètement s'il n'avait pas, comme tant d'autres inutiles produits de ce genre, l'incorrection de se foutre salement de la gueule des pédés sous couvert de vouloir dépeindre leur univers. L'affiche, hideuse, parle d'ailleurs d'elle-même, inutile d'en voir plus: c'est pitoyable que de contempler le sympathique Jean-Marc Barr singer les "folles" en surchargeant la caricature. Le reste doit évidemment être à l'avenant. Au fait, à quand des manifs d'homos et lesbiennes devant les salles qui continuent de projeter ces "spectacles" ahurissants de crétinerie, et passablement dégradants pour leur communauté ?
MARQUISE, de Véra Belmont
Véra Belmont est une réalisatrice académique, qui n'a strictement rien à apporter à l'art cinématographique. Déjà coupable de l'insignifiant "Rouge baiser" (avec l'horripilante Charlotte Vallandrey), et de l'insipide "Milena" (avec la trop rare Valérie Kaprisky), elle continue de tourner pour la bonne raison qu'elle connaît tout le monde dans le milieu, parvenant à chaque fois à monter des "coups" en réunissant des castings supposés "prestigieux". De fait, Marquise ne fait pas exception à la règle belmontesque: Sophie Marceau, Lambert Wilson, Bernard Giraudeau, Anémone, Thierry Lhermitte, Patrick Timsit, il y a en effet bien du beau linge sur cette pellicule. Mais un beau casting, de beaux décors et une belle lumière ne suffisent pas à faire une belle oeuvre de cinéma. Il faut en plus un talent et une nécessité d'expression, que Véra Belmont n'a pas. Cette évidence, seule Sophie Marceau a eu l'outrecuidance de l'énoncer publiquement. Et depuis, loin de lui en être gré, tout le monde lui tombe dessus ! Injustice, car Sophie Marceau est dans le vrai. Mais, comme elle a mis les pieds dans le plat en osant cracher dans la soupe et, surtout, en commettant le sacrilège de lèse-réalisateur, on lui reproche n'importe quoi. Notamment ses supposés "caprices" sur les tournages... Désolé, mais les "caprices" de stars, à L'Organe, on s'y intéresse de près, on essaye de les recenser, et on les dénonce. Or, jusqu'à présent et plus ample informé, Sophie Marceau n'est certes pas la plus "capricieuse" ni la plus caractérielle de nos vedettes nationales. Mais surtout, on entend dire ça et là, dans la presse et la petite coterie cinématographique, que le problème principal de Sophie Marceau serait de partager la vie de Zulawski. Le réalisateur polonais serait "aigri", murmure-t-on bassement, il aurait une mauvaise influence sur elle et pousserait sa belle à l'intransigeance. Sans complexe, on tente ainsi d'expliquer la mauvaise humeur de Sophie en s'en prenant à sa vie privée. Foutaises, et procédé dégueulasse ! D'autant plus dégueu que, quoiqu'on puisse penser des dernier films d'Andrzej Zulawski, celui-ci a tout de même à son actif un ou deux chefs-d'oeuvre incontestés, qui resteront dans l'histoire du cinéma: "L'important c'est d'aimer", et "Possession" notamment. Ce qui n'est vraiment pas le cas des films de la gentille Véra Belmont, honnête réalisatrice de téléfilms de luxe, sans plus. Bref, Sophie Marceau a raison de cracher dans la soupe lorsqu'elle est frelatée. Sophie Marceau a raison d'être intransigeante, et elle devrait même écouter encore davantage son compagnon: qu'elle arrête enfin de se commettre dans des navets indignes de son talent et de sa grâce.
LA VÉRITÉ SI JE MENS, de Thomas Gilou
Ce film a manifestement été conçu comme un bon produit de marketing, destiné à rameuter dans les salles le (nombreux) public juif pied-noir français. Opération réussie: ça fonctionne comme prévu, les juifs pied-noir viennent en masse voir "La vérité si je mens" et se gondolent en famille. Ah, ce bon vieux folklore du Sentier, ses expressions fleuries, ces mères juives si pittoresques ! Poï poï, purée de nous autres, ce qu'on se marre, les copains ! Bon, eh ben les juifs pied-noirs sont contents. Les goys, eux, n'en ont rien à cirer de ce genre de divertissement frelaté car mille fois vu.
LE CINQUIÈME ÉLÉMENT, de Luc Besson
160 millions de francs de budget, soit l'équivalent de 10 à 20 premiers films français. 160 millions de francs au service d'un scénario indigent issu de l'esprit infantile de Luc Besson, ce gentil garçon au look propret qui n'a strictement rien à dire, et qui ne se prive pas de continuer à le dire au fil de ses films successifs. Or donc, dans ce "Cinquième Élément", le p'tit gars nous balance une métaphore 'achtement nouvelle: la Femme est l'avenir de l'Homme. Et même que la Femme pourrait sauver le Monde. Carrément, les gars. Putain, ça c'est costaud comme argument ! Bon, relativisons: le scénario du "Cinquième Élément" est débile, mais pas plus que celui des films précédents du cinéaste. Besson est un "styliste", ce qu'il aime c'est les mouvements de caméra, les cadrages, la lumière, les effets spéciaux qui sentent leur paquet de dollars. La composition des personnages, le réalisme psychologique, la direction d'acteurs, le cinéaste s'en branle, il n'y comprend rien et en plus ça ne l'intéresse pas. De toutes façons, les films de Besson sont exclusivement réservés à l'usage d'une clientèle de teenagers qui, tout comme le réalisateur, ne connaissent pas grand chose de la vie, et qui consomment du cinoche comme du Mac Do ou du Worlds Appart. Rien d'étonnant donc à ce que les personnages des films du camarade soient des fantoches à la psychologie de héros de romans-photos. Les teenagers, c'est bien connu, ne viennent pas au cinéma pour se "prendre la tête". Les teenagers veulent du show, du clinquant, de l'esbrouffe, du zim-boum-pan-pan aux quatre coins de l'écran, le tout sur fond de musique branchman. Dans ce domaine, c'est sûr, Besson leur en met plein la tronche. Donc, forcément, les teenagers s'éclatent aux films de Besson. Et donc, forcément, vu que les teenagers composent l'essentiel du public cinématographique du monde entier, le "Cinquième Élément" fait un carton. Alors bon, laissons les enfants s'amuser avec ce joujou luxueux et creux, et permettons aux grandes personnes de chercher ailleurs des films intéressants.
QUADRILLE, de Valérie Lemercier
C'est vrai qu'elle est rigolotte et plutôt sympa, Valérie Lemercier. Le problème c'est qu'elle a un peu tendance, ces temps-ci, à se prendre de plus en plus au sérieux, et en l'occurence, c'est tout nouveau, pour un Orson Welles en jupons. Son film, on n'en voit guère l'utilité. Elle l'a tourné parce que sa notoriété lui a permis de s'improviser cinéaste, non parce qu'elle en ressentait la nécessité - comme cela devrait pourtant être le cas pour toute oeuvre à prétention "artistique". Pourquoi avoir choisi pour scénario une pièce de Guitry plutôt qu'un script qu'elle aurait pu écrire elle-même ? Flemme ? Manque d'imagination ? Mystère. Quoi qu'il en soit, "Quadrille" est un petit film d'enfant gâté, un beau joujou que mademoiselle Lemercier s'est offert pour se faire plaisir et se prouver qu'elle était capable de réaliser un film. Bon, et après ? Beaucoup de gens sont tout aussi capables que Mademoiselle Lemercier de réaliser des films, et les producteurs seraient bien inspirés de commencer enfin à faire leur boulot: à savoir tenter de dénicher et produire de nouveaux talents, plutôt que de mettre en chantier des films aussi inutiles et vains que celui-ci.
JERRY MACGUIRE
Ce film est comme son interprète principal, en apparence gentil et BCBG, plein de bonnes intentions, mais complètement crétin et même dangereux au fond. Il est mignon Tom Cruise, bien propre sur lui, sourire Colgate, Ray-Ban fumées qui assurent le look, il ne boit pas, ne fume pas, est marié bien gentiment avec la petite rouquine Nicole Kidman, bref, le parfait petit américain idéal comme bien des mamans en rêvent pour leur fille. Ca c'est pour la façade. Parce que, derrière la façade, il y a le méchant scientologue, faut pas l'oublier. Alors, inutile de dire quoi que ce soit sur ce film que je n'ai évidemment pas vu et nulle envie de voir. Ca doit être lisse, aseptisé, longuet, avec à coup sûr une happy-end désopilante de mièvrerie. Et ça doit aussi empester à plein nez la bonne conscience et la bonne morale américaine, dont on sait tous les excès dont elle est capable.
NOUS SOMMES TOUS ENCORE ICI, d'Anne-Marie Miéville.
Elle, Anne-Marie, c'est la femme de Jean-Luc, le cinéaste. Jean-Luc Godard, je veux dire. Il n'y a qu'un cinéaste qui s'appelle Jean-Luc - ou peut-être tous les cinéastes s'appellent Jean-Luc. Oui, c'est cela, les plus grands cinéastes s'appellent toujours Jean-Luc, forcément. Bref. Elle, Anne-Marie, elle a fait un film. Elle en avait déjà fait, des films, Anne-Marie. Mais celui-là c'est son dernier. Le dernier sorti, je veux dire, bien sûr. Parce qu'elle en fera encore, des films, Anne-Marie. Sûr qu'elle en fera encore. Alors voilà, ce film raconte une histoire. Il y a une histoire dans ce film, oui. Et elle est belle, l'histoire du film d'Anne-Marie. C'est une femme, l'histoire. Une histoire et une femme qui se posent des questions. Sur l'avenir, sur l'homme, sur les relations entre les hommes et les femmes, les humains de tous sexes. Sur le temps qui passe aussi, sur les blessures humaines que les gens s'infligent. Enfin c'est un film sur tout ça, quoi. Ce genre de choses importantes et jamais dites. Très importantes et presque jamais dites. La femme, l'héroïne, il paraît qu'elle est cinéaste. Comme Anne-Marie, parce que Anne-Marie aussi, elle est cinéaste. L'héroïne, donc, elle a des ennuis avec les producteurs, il paraît. Les producteurs refusent de lui donner de l'argent pour son prochain film, à l'héroïne du film de Anne-Marie. Ils sont méchants les producteurs. C'est ça aussi l'histoire du film. Une histoire qui concerne beaucoup de monde. Parce que beaucoup de gens sont cinéastes. Presque tout le monde est cinéaste, oui. Donc, ce film concerne beaucoup de gens. Il est important ce film. Très important. Un chef-d'oeuvre, même. Il ne faut pas hésiter, parfois, les grands mot, à les prononcer.
CAFÉ -THÉATRE
LES CHEVALIERS DU FIEL
"Les Chevaliers du Fioul" serait sans doute plus approprié, vu la légèreté et la nouveauté de leur comique, mais bon. Ils font partie de cette nouvelle génération spontanée de "comiques" qui ne font rire qu'eux-mêmes - et peut-être leur maman et quelques copains indulgents, soyons sympa. Pour le reste, on se demande d'où ils sortent, qui les a "révélés" au public. Parce que des Kaumiques comme ça, ach !, on s'en passerait volontiers. "Je te prendrai nuu-uue dans la Simca miiiile", dit leur chanson-fétiche ! Ach, que z'est trôle ! Leurs sketches sont irrésistibles, yawhol ! On a l'impression d'avoir déjà entendu leurs plaisanteries de nazes vingt mille fois dans la bouche d'artistes nettement plus talentueux, mais c'est pas grave. Le Kaumique, aujourd'hui, les gens en ont rudement besoin à ce qu'on dit, donc on leur donne ce qu'on a en magasin, et tant pis si c'est complètement daubé. On hésite entre le troisième et le quatorzième degré tellement ils sont gratinés, ces "Chevaliers du Fiel" (tu parles d'un fiel !), mais le plus vraisemblable c'est que leurs vannes sont tout simplement à prendre au premier. Ces Kaumiques-là chassent sur les mêmes terres que d'autres prodiges de l'humour moderne, comme Lagaf': les terres de Beaufland et de Blaireaupotamie. Les voilà donc qui se donnent en spectacle sur une scène parisienne. Tant mieux pour eux, leur maman, leurs copains et leur banquier, sans doute ravi de les voir enfin sortis du rouge et d'un anonymat qu'ils n'auraient jamais dû quitter, grâce au génie d'un producteur audacieux nommé Jimmy Lévy. Bravo Jimmy*, un producteur qui a du flair: les nouveaux talents, il les repère de loin. A l'odeur de la merde ?
*Il a quand même produit Baffie à ses début, le Jimmy. Donc, ça nuance un peu. Parce que c'était bien, Baffie à ses débuts, quand il ne faisait pas encore la plante verte à côté de Gildas.