Entre les "nudistes" et les "naturistes",
c'est la guéguerre. Les premiers reprochant aux deuxièmes leur
sans-gêne et leur absence d'éthique. Clivage d'autant plus dérisoire
et ridicule que la frontière entre les deux types de "culs-nus"
est incertaine. En fait, le mouvement naturiste a tout à gagner à
abolir cette distinction.
par Ray Montbar
Naturiste ou nudiste ? Pour le novice, naturiste et nudistes c'est du pareil au même: des gens qui, généralement durant leurs vacances, se baladent fesses à l'air.
Si les "nudistes" se foutent de la distinction, les "naturistes" sont, eux, assez chatouilleux sur le sujet et supportent mal qu'on les confondent avec leurs éternels rivaux, les "nudistes". Car, pour les naturistes, être nudiste c'est pratiquer une nudité anarchique, sans aucun souci d'éthique. C'est ainsi qu'il a toujours été d'usage, en milieu naturiste, de regarder avec condescendance et un vague mépris ces pauvres "nudistes".
Quand les naturistes fréquentent les centres naturistes et détiennent tous une licence annuelle, les nudistes fréquentent les plages "libres", c'est-à-dire celles où la nudité est tolérée, mais non officiellement reconnue et agréée par la FFN. Les nudistes arrivent sur la plage le matin, bronzent sans maillot et se rhabillent en fin de journée quand vient le moment de rentrer, tandis que les naturistes adoptent la nudité du matin au soir et du soir au matin, séjournant dans le cadre des confortables "villages de vacances" que sont devenus les centres modernes.
Souvent, les naturistes ne sont guère indulgents avec les nudistes. Ils leur reprochent une absence de "philosophie" et de ne pas se plier à un mode de vie strictement écolo. Les naturistes considèrent que les nudistes sont sans gêne, et souvent des "voyeurs" (un terme qui revient souvent dans la bouche des naturistes quand il s'agit de caractériser les gêneurs !) qui ne viennent sur les plages que pour mater ou s'exhiber.
Cette guéguerre nudistes-naturistes est non seulement dérisoire mais surtout ridicule. D'autant que la frontière délimitant les deux camps est incertaine: on peut très bien être "naturiste" et fréquenter occasionnellement les plages nudistes. Inversement, un "nudiste" pourra éprouver le besoin de s'offrir un séjour dans un centre naturiste, histoire de voir comment c'est. De plus, un site naturiste mondialement connu et "agréé FFN" comme l'île du Levant rassemble sans doute au moins autant de naturistes encartés que de nudistes.
Il est donc temps que cesse cette distinction, entretenue plus ou moins délibérément par la FFN. Le mouvement naturiste a tout à gagner à tenter de fédérer tous les partisans de la nudité, plutôt que d'entretenir un clivage dérisoire somme toute nuisible à son image. Pour justifier sa position, la FFN aime insister sur la "garantie morale" qu'apporte une adhésion à la fédération. Prendre sa licence, ce serait adhérer à une charte d'éthique non écrite que les naturistes "officiels" sont censés connaître et respecter, alors que les "nudistes" ne respecteraient rien et compteraient nombre de pervers dans leurs rangs. Cette idée est un peu naïve: ce n'est pas parce que l'on possède une licence que l'on est forcément irréprochable. Les voyeurs, pervers et détraqués sexuels ne portent pas forcément leurs tares sur la figure, et pourront aussi bien que n'importe quel naturiste convaincu acheter une licence leur ouvrant les portes des centres.
Bref, nudistes, naturistes, même combat ! En dépit de ce que pense la Fédération, nos ressemblances sont plus fortes que nos divergences. Plus on sera de "culs nus" de tous poils et de toutes obédiences, plus la cause naturiste aura de chances de se faire entendre, et plus de gens auront envie d'essayer l'expérience de la nudité estivale. C'est bien cela qui compte: par la pratique de la nudité, nos contemporains ont la possibilité d'apprendre à se décoincer et à se sentir mieux dans leur peau, dans leur corps. Naturistes (et nudistes !) en sont convaincus: le jour où les français auront réglé leurs problèmes avec leur corps, la société, devenue moins hypocrite, ne s'en portera que mieux...