Le 11 juillet dernier, l'ART, sorte de CSA des Télécoms français, a infligé un vigoureux camouflet à notre France Télécom nationale qui, comme à son habitude, se cramponnait sur des stratégies passéistes tout en espérant - on ne doute jamais de rien à FT, surtout quand il s'agit de faire des bénéfs sur le dos des usagers ! - continuer paisiblement à s'en mettre un maximum dans les poches en l'absence de toute concurrence. Jusqu'alors, en effet, la situation était royale pour France-Télécom, tranquillement assis sur le tas d'or que lui rapportait son exclusivité sur les télécommunications françaises.
Cette fois c'est sûr, terminé le monopole France-Télécomiste. En janvier prochain, les télécommunications seront libérées, et les offres d'accès internet par le câble libéralisées. Conséquence immédiate pour l'usager: adieu les factures France-Télécom. Contre la modique somme de 200 frs environ d'abonnement mensuel, les internautes câblés pourront rester connectés 24 heures sur 24 sans davantage bourse délier. Déjà prévue pour avril dernier (voir article dans le n°1 de L'Organe), et constamment repoussée par FT qui n'a cessé de faire de la résistance dans l'espoir dérisoire de conserver le plus longtemps possible son pactole, cette déréglementation du réseau câblé va finalement avoir lieu. Il ne s'agit plus d'un doux rêve caressé par une poignée d'internautes utopistes et idéalistes, mais d'une réalité qui commence à gêner sérieusement France-Télécom aux entournures, manifestement terrorisée à l'idée de perdre l'exclusivité d'une formidable manne qui jusque là tombait dans sa seule et exclusive escarcelle. En janvier 98, FT va selon toute vraisemblance se retrouver toute nue, et sa direction n'aura plus que ses yeux pour pleurer la perte des centaines de milliers d'usagers dégoûtés qui seront fortement tentés d'aller voir ailleurs sur le marché international s'il y a un opérateur plus compétent... et moins bassement mercantile.
En effet, qu'est - ou plutôt qu'était - ce "service public" dont l'unique souci consistait à réaliser des bénéfices commerciaux dignes d'une multinationale, au mépris le plus complet de l'intérêt de ses usagers ? Les internautes n'étaient pas les seuls dindons de la farce: tous les abonnés français étaient pris en otage par une politique tarifaire aberrante, incohérente, hermétique, et qui avait en outre le culot ahurissant de présenter chaque hausse de prix pour une baisse ! Un "service public" digne de ce nom se doit de fournir des prestations à prix coûtant. Or, FT - comme d'autres "services publics" français, c'est vrai, mais c'est FT qui nous intéresse ici - a toujours préféré opter pour la fuite en avant, le bénéf immédiat et la taxation écrasante des communications (les télécoms françaises sont, de notoriété publique, parmi les plus chères du monde), au premier rang desquelles les connexions internet, plutôt que de tenter de préparer l'avenir. Si son PDG, Michel Bon, avait été moins mauvais, plus visionnaire et moins obsédé par le fric, il aurait compris que cet avenir commandait notamment de ménager les internautes, dont le nombre est inéluctablement voué à se multiplier, et leur faciliter l'accès à leur réseau préféré plutôt que de les braquer en procédant à des hold-up bimestriels sur leur porte-monnaie.
France-Télécom ne contrôle donc désormais plus la situation, et ça sent la panique du côté de sa direction. A tel point que ses représentants n'hésitent pas à nous sortir les arguments les plus rigolos pour tenter d'expliquer le "retard français" qu'on leur impute trop souvent à leur goût: "Meuh non, ce ne sont pas les tarifs téléphoniques qui rebutent les français. C'est plutôt passque les français sont sous-équipés en micro-ordinateurs. Et pis les français sont pas branchés high-tech, savez-vous, tous les trucs électroniques leur donnent des boutons et même leur font peur - si, si. Même que le Président de la République y sait pas cékoidon une souris ! Voyez, FT n'y est pour rien." Sans parler du sempiternel alibi minitel, selon lequel ce boitier à la technologie préhistorique ferait de l'ombre au réseau mondial.
Ben voyons. Tout abonné internet sait très précisément ce qui rebute au premier chef ses amis et connaissances lorsqu'il leur demande pourquoi ils persistent à ne pas s'abonner: les tarifs France-Télécom. Et rien d'autre. Forcément, qui a encore les moyens, de nos jours, de balancer 2 à 4.000 francs en moyenne tous les deux mois pour pouvoir assouvir sa passion - ou sa simple curiosité à l'égard d'un nouveau média ?
Alors bon, France-Télécom a beau chercher à se rassurer en nous bassinant à longueur de ridicules écrans de pub télé qui nous promettent de nous "faire aimer l'an 2000" (ouaf !), la fin des haricots est proche. Déjà, des publicités pour d'autres opérateurs fleurissent sur les murs. Alléchant pour quiconque, internaute ou usager "classique", en a ras la casquette du racket incessant exercé par FT.
A la "décharge" de France-Télécom, reconnaissons que l'opérateur (et donc ses responsables) n'a jamais compris grand chose à l'internet. Pour preuve, cette autre pub pour le réseau Numéris diffusée actuellement, qui réussit le tour de force de ne jamais citer internet, alors même que l'un des personnages utilise le Net pour recevoir des documents depuis le Japon, et qu'un logiciel de visio-conférence est présenté en démonstration ! A moins que cette absence de référence au réseau soit un discret et piteux aveu d'échec: on se sentirait coupable vis à vis d'internet, chez FT, et on préférerait ne pas le mentionner afin de pas prêter à rigoler du côté des netsurfers ?
Allez, vivement janvier, qu'on puisse enfin se casser de chez ces nuls. Ils ont joué - comme des pieds - avec l'avenir des télécommunications françaises, et ils ont perdu - en beauté. On peut certes compter sur eux pour nous promettre mont et merveilles d'ici à janvier prochain (témoin cette autre pub - on est décidément très porté sur la com' tous azimuts ces temps-ci chez FT ! - pour la "présentation de l'appel", censé fournir le numéro de téléphone d'un appel entrant, wow, grandiose innovation pour laquelle ils poussent même la générosité jusqu'à "offrir" aux abonnés 2 mois d'abonnement gratuit: 20 frs TTC, royal le cadeau !), mais plus beaucoup de gogos ne se risqueront à les croire. Fallait être moins con, et surtout plus visionnaire, avant. Bien avant.