LE PROCES DE LYON

Le verdict qui a été rendu à Lyon le 22 novembre 96 est historique. C'est en effet la première fois au monde que "l'Église" de Scientologie a été explicitement condamnée pour "escroquerie, abus de confiance et incitation involontaire au suicide" de Patrice Vic, un jeune scientologue père de famille qui se défenestra en 88, six mois après être entré en Scientologie...

par Walter Pépéka

"Je suis scientologue et heureux de l'être", pouvait-on lire sur les badges arborés fièrement par la soixantaine de scientologues venus de Paris et du monde entier pour soutenir les 23 prévenus comparaissant devant le tribunal de Lyon suite au suicide de Patrice Vic.

La veille de son acte, Patrice Vic avait reçu la visite de Jean-Jacques Mazier, directeur de "l'église" de Lyon, lequel l'exhortait depuis plusieurs semaines à emprunter 30.000 francs afin de suivre un "Programme de Purification", l'une des nombreuses prestations que la secte offre aux débutants. En entrant dans la Scientologie, Patrice espérait trouver un soutien moral et spirituel auprès de ministres du culte charitables et dévoués. Et tout ce qu'il y trouva fut un gang d'individus âpres au gain, spécialisés dans le racket et le recouvrement de créance musclé.

C'EST L'INQUISITION !

Les scientos, rusés et machiavéliques comme toujours, avaient décidé que le procès de Lyon serait, cette fois, l'occasion pour eux d'une vaste opération de séduction à destination des médias. "Procès en hérésie !", martelèrent-ils par la voix du "révérend" Marc Bromberg, s'affichant ostensiblement en uniforme de prêtre scientologue du plus seyant effet. "Nous voici revenus 500 ans en arrière, au temps de l'Inquisition"; "C'est la liberté de culte qui est en danger !"; "Comment la France, pays des droits de l'homme, peut-elle organiser un procès aussi éminemment attentatoire aux libertés ?", s'insurgèrent en un choeur touchant de sincérité les amis de Xenu.

Ben voyons.

Anecdotique mais amusant, un ancien prêtre catholique converti à la Scientologie, Louis-Michel Brolles, est même venu déclarer à la barre, sans rire: "la religion catholique n'est pas incompatible avec la Scientologie". Pour ceux qui ont lu les somptueuses sornettes décrites dans OT III, le Mur de Feu, ce commentaire est assez croquignolet, et on se demande tout de même quels peuvent bien être les points communs entre Xenu, ses copains Thétans parfumés au glycol alcoolique et le petit Jésus !...

18 MOIS FERMES POUR JEAN-JACQUES MAZIER

Quand le verdict tombe, le 22 novembre 96, un mois après le réquisitoire scandaleusement clément du procureur Ricard, les scientologues sont stupéfaits et en perdent leur belle assurance BCBG: 3 ans de prison, dont 18 mois fermes pour Jean-Jacques Mazier, assortis d'une amende de 500.000 francs et de 5 ans de privation de droits civiques. Boum. Lors de son réquisitoire, le procureur n'avait réclamé que de la prison avec sursis.

Selon les juges "Jean-Jacques Mazier est celui qui dilapide la fortune des adeptes, celui qui pratique le chantage comme moyen de pression". Au total, 15 adeptes sont condamnés à des amendes allant de 10.000 à 50.000 francs.

LA "MANIPULATION MENTALE" N'EST PAS RECONNUE EN DROIT FRANÇAIS

Historique. Alors que le lobby scientologue est parvenu, aux États-Unis, à faire reconnaître la Scientologie comme une religion à part entière, il semble que notre pays ne soit pas encore près de partager ce point de vue. Loin s'en faut, si l'on en croit les comptes-rendus d'audience:

Les enquêteurs: "Le but de la Scientologie est de profiter à quelques uns, aux États-Unis" (Actuellement, depuis la mort de Ron Hubbard, la secte est dirigée par le jeune et sémillant David Miscavidge).

Jacques Trouslard, témoin: "La Scientologie est un sida culturel et spirituel, on en devient dépendant comme en toxicomanie. (...) C'est une secte dangereuse, provoquant la destruction de la personne, de la famille et de la société. (...) Elle développe une manipulation mentale flagrante, transforme ses adeptes en pantins articulés. (...) C'est une construction intellectuelle fabriquée de toutes pièces pour échapper à la justice, en cachant ses objectifs commerciaux derrière la façade d'une religion".

Les juges: "Pour soutirer de l'argent aux adeptes, ils (les scientologues) leur font miroiter des paradis artificiels, et leurs manoeuvres frauduleuses conduisent les individus en détresse à un état de dépendance. (...) Manoeuvres frauduleuses, publicité trompeuse, manipulations mentales, endoctrinement, annihilation, intérêt financier caractérisent cette église. (...) La liberté de croyance est fondamentale, mais cette liberté a des limites", concluent-ils.

Fermez le ban.

Le concept de "manipulation mentale" n'est pas reconnu en droit français (dommage ?), et n'a pu servir d'argument aux juges. On pouvait donc craindre que les scientologues s'en tirent une fois de plus, aidés par leur habituelle cohorte d'avocats aux ordres et très grassement payés.

Manque de pot, pour une fois, la Scientologie s'est donc fait nettement et indiscutablement épingler par un tribunal. Désormais, les scientologues pourront moins facilement se retrancher derrière leur "virginité judiciaire", dans laquelle ils aimaient tant à se draper, avant le procès de Lyon, pour faire face à leurs détracteurs.

Le bon révérend Mazier et ses comparses peuvent bien continuer à déclarer, la bouche en coeur, "l'argent n'est pas mon fort, je suis un missionnaire et un homme d'église", on aura désormais davantage de mal à les croire.


REAGIR SUR LE FORUM

SOMMAIRE L'ORGANE