STARS ET STARLETTES

Ca vous est sûrement arrivé: dans la rue ou les transports en commun, vous voyez la pub d'un hebdomadaire de télé quelconque affichant l'image d'une demoiselle que l'on vous présente comme la nouvelle "star" du moment... et dont vous n'avez pourtant jamais entendu parler ! Seriez-vous ringard ? Pas du tout: simplement, vous ne regardez pas les sitcoms, creusets de toutes ces nouvelles grandioses célébrités. A chaque époque ses stars: Elizabeth Taylor et Marylin autrefois; Vanessa Demouy et Cachou aujourd'hui !

par Ruth Abaga

Gena Lee Nolin, Donna d'Errico, Yasmine Bleeth, Tori Spelling, Katie Wright, ça vous dit quelque chose, à vous ? Non ? Étonnant car, à en croire les magazines télé grand public qui nous les infligent régulièrement en couverture, ce sont des "stars" ! Si, si, des "stars". La presse populo-démago à grand tirage fait ses choux gras de ces nouvelles vedettes, généralement blondes et surdimensionnées des pectoraux, que tous les téléspectateurs sont censés connaître. Enfin, pas vraiment tous: ceux qui regardent les sitcoms, plus précisément. Alors, bon, si vous ne regardez jamais les sitcoms et les feuilletons à l'eau de rose, vous avez toutes les chances d'être complètement débranché, mon pauvre vieux...

Parce que, c'est désormais ainsi, les "stars" du 21ème siècle se recrutent dans les sous-produits télévisuels diffusés aux heures de grande écoute. Que ce soit sur TF1, France 2 ou la 6, les nouvelles "stars" internationales ne jouent plus dans des films de cinéma mais figurent dans "Melrose Place", "Alerte à Malibu", "Les feux de l'amour", "Amour, gloire et beauté", "Pacific Palissades", "Classe Mannequin", "Les filles d'à côté", etc. Toutes ces "stars" ont leurs fan-clubs, les magazines étalent leur vie privée, bref, on est censés ne rien ignorer d'elles, même si l'on s'en fout royalement et que l'on n'a rien demandé à connaître !

VANESSA DEMOUY = ELIZABETH TAYLOR !

Flash-back. Autrefois, c'était plus simple, plus évident. De grandes actrices ou de grands acteurs interprétaient de grands rôles dans de grands films dirigés par de grands réalisateurs. Il fallait avoir fait ses preuves pour prétendre accéder au firmament du vedettariat. Il fallait, d'abord et avant tout, avoir du talent, et que celui-ci soit reconnu, pour être désigné(e) sous le vocable prestigieux de "star". Jadis, donc, Elizabeth Taylor était dirigée par Mankiewicz dans "Cléopâtre"; Grace Kelly par Hitchcock dans "Fenêtre sur cour"; Kirk Douglas par Kubrick dans "Spartacus", Delon par Visconti dans "Le Guépard", etc.

Aujourd'hui, les nouvelles "stars" n'ont plus besoin de faire leurs classes dans les cours de comédie ou sur les plateaux de cinéma de réalisateurs prestigieux. Il leur suffit d'apparaître dans l'un des principaux rôles du dernier sitcom ou feuilleton à la mode, et hop, emballé c'est pesé, vous voilà bombardé(e) "star", ma chère, et immortalisé(e) dans la foulée en première page des magazines ! Peu importe le contenu du feuilleton ou sitcom en question, d'ailleurs. L'histoire et les personnages ont beau être complètement crétins, la "machine à fabriquer les nouvelles stars" fonctionne désormais de cette façon.

C'est ainsi que la nouvelle "star" française en vogue s'appelle Vanessa Demouy. Elle n'a pas joué chez Hitchcock, ni chez Mankiewicz (elle ne sait d'ailleurs sûrement pas qui est ce dernier), ni même chez Patrice Leconte ou Beineix, non. Vanessa, elle, c'est dans "Classe Mannequin" qu'elle a débuté. Puis, c'est le célébrissime Paolo Borzman, maestro italien très connu de sa maman et de ses copains, qui lui a donné l'occasion de démontrer son absence de talent dans deux feuilletons-fleuves désopilants d'humour involontaire, "Coeurs Caraïbes" et "Aventures Caraïbes" (voir critique en pages spectacles).

QU'IMPORTE LE TALENT, POURVU QU'ON AIT LES GROS SEINS !

Pour devenir une "star" des années 2000, donc, il suffit d'être jeune (toujours), blonde (de préférence), issu(e) du sérail du showbiz (en règle générale), de se plier à toutes les lubies des petits chefs de marketting que sont devenus producteurs et "agents artistiques"... et bien entendu d'avoir de gros poumons, sur lesquels les caméras pourront lorgner à loisir ! Importants, ça, les gros poumons: c'est sans doute pour cela que Vanessa Demouy est une bien plus grande "star" que la blonde Cachou (qui a une poitrine ridicule, la pauvre !). Bref, il semble établi que les attributs mammaires soient devenus une condition implicite et sine qua non pour accéder au statut de "star" contemporaine. Le talent des nouvelles "stars" de la télé est, avant tout, poitrinaire.

Aujourd'hui, plus besoin pour un apprenti comédien ou une actrice débutante, de s'emmerder à apprendre à jouer la comédie. Savoir rire, pleurer, parler juste, n'a strictement plus aucune importance pour les "professionnels" de la TV pasteurisée. Plus besoin de s'emmerder avec le talent tout court, du reste. Acteurs, réalisateurs, scénaristes, producteurs de ces sous-produits télévisuels, sont interchangeables, sélectionnés pour leur naturelle propension à courber l'échine et à ne surtout pas avoir de velléïtés créatives. Les scénarios racontent des histoires insipides dont tout le monde se fout, y compris les spectateurs (il s'agit juste de "passer un bon moment", de se "détendre les neurones" en fin de journée). Les réalisateurs de ces choses se contentent de "réaliser", alignant les champ/contre-champ sans se risquer à incorporer un iota d'invention dans leur travail. Et les producteurs se bornent à conserver les yeux rivés sur les courbes d'audience afin de satisfaire les seuls publicitaires. Bref, personne n'a plus envie de s'emmerder à faire de l'art, c'est tellement plus simple de faire du cochon. Au royaume des crétins et des cyniques, c'est sûr, les "nouvelles stars" sont reines !

Redescendons sur terre. Parce que les mots ont malgré tout encore un sens. Paméla Anderson, Vanessa Demouy, Cachou, ne sont pas des "stars", et ne le seront jamais. Les stars, les vraies, s'appellent encore et toujours Marylin Monroe, Gene Tierney, Vivien Leigh, Elizabeth Taylor, etc. Des "pointures" autrement plus convaintes que nos ridicules starlettes contemporaines. Car, quoiqu'en pensent les producteurs lobotomisés de la TV d'aujourd'hui, le talent des grandes actrices ne saurait en aucun cas se mesurer exclusivement à la taille des bonnets des wonderbras et autres soutien-gorges pigeonnants.


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