CANNABIS: LE BAL DES TARTUFFES

Ca commence à bien faire. La consommation de cannabis est dépénalisée dans la plupart des pays européens, alors que, chez nous, un simple consommateur peut toujours se retrouver en taule. La Tartufferie des prohibitionnistes français est sans limite. Plutôt que de chercher à résoudre les problèmes et lutter efficacement contre les vrais dangers mafieux que la prohibition entraîne, nos "responsables" politiques s'obstinent à fermer les yeux sur une réalité qui les dérange: au moins 5 millions de français ont déjà fumé un joint. Dans ces conditions, qu'attend la justice pour expédier ces 5 millions de délinquants à l'ombre ?

par Old Nick

"Cachez ce joint que je ne saurais voir..."

Il serait peut-être temps de le regarder en face, ce joint. Entre 5 et 7 millions de français on déjà tiré sur un pétard au cours de leur vie. Si l'on suit donc l'implacable logique prohibitionniste française, qui fait de notre pays le plus répressif et le plus réactionnaire d'Europe en matière de législation sur les stupéfiants, il faut expédier vite fait en taule ces cinq à sept millions de nos compatriotes devenus de dangereux délinquants par le simple fait d'avaler occasionnellement quelques bouffées de cannabinol. Et se montrer aussi sévère avec tous ces vilains drogués que madame le juge de Baupuis, qui a condamné Gérard Jubert, rédacteur-en-chef du magazine aujourd'hui censuré "L'Éléphant Rose", à 300.000 francs d'amende et un an de prison avec sursis.

Sur le cannabis, les Tartuffes n'ont jamais manqué d'arguments. Ils n'en connaissent pas les effets, mais ça ne les empêche pas d'affirmer péremptoirement les sornettes les plus hallucinantes.

LE CANNABIS, UN DOPANT ? C'EST LA MEILLEURE DE L'ANNÉE !

Ainsi, l'actuelle affaire Bernard Lama, footballeur du PSG. Le cannabis serait un dopant ! Des "spécialistes" (ouarf !) médicaux ont classé le cannabis parmi les produits dopants ! C'est la meilleure de l'année, bravo les "spécialistes" ! En réalité, quiconque a jamais tiré sur un joint sait pertinemment que les effets du cannabis, loin d'être stimulants, encouragent bien plutôt à une sieste prolongée qu'au départ du 110 mètres haies. Pour un sportif professionnel, se "doper" au cannabis avant de prendre le départ d'une course, ou avant le début d'un match de foot, reviendrait à se suicider professionnellement, ni plus ni moins. Noah n'avait certainement pas de pétard dans la tête quand il a gagné Roland-Garros. Le cannabis, dopant ? Arrêtons de rigoler, svp.

Ils sont marrants tous ces donneurs de leçons, tous ces prohibitionnistes pontifiants et moralisateurs qui, bien sûr et comme toujours, veulent interdire au nom du bien public, de la bonne morale collective. Et s'ils se mêlaient plutôt de leurs fesses ? Est-ce qu'on vient leur faire la morale quand, de retour chez eux le soir, ils ingurgitent leur verre de scotch ou de pastaga ? Est-ce qu'on vient les sermonner quand ils s'enfument les poumons de leurs deux paquets de Gauloises quotidiennes ? Mais il est vrai qu'alcool et tabac font partie depuis des lustres de cette bonne vieille culture franchouillarde et frileuse si chère à nos Tartuffes...

C'est un fait indiscutable, l'alcool et le tabac tuent. Chaque année, des millions de personnes crèvent de cirrhoses et de cancers à travers le monde. Le cannabis, lui, n'a jamais tué personne. Son absorption n'induit aucune pathologie grave, ainsi que des études étrangères l'ont démontré. Les chiffres sont sans appel: 0 mort par "overdose" de cannabis par an, contre plus de 60.000 morts provoquées directement par le tabac et l'alcool en France (accidents de la route et suicides non compris). Pourtant, alcool et tabac sont chez nous en vente libre, et le cannabis demeure désigné à la vindicte populaire par l'entremise des policiers et des juges. Cherchez l'erreur...

FUMER DU CANNABIS: UNE QUESTION DE LIBERTÉ INDIVIDUELLE

La consommation de cannabis est une question de liberté individuelle. A partir du moment où cette consommation se fait entre personnes adultes et consentantes, dans des lieux privés, et où il n'y a pas de prosélytisme, nul, dans une démocratie digne de ce nom, ne peut s'arroger le droit de nous interdire nos plaisirs.

Bien sûr, il est nécessaire d'informer. Tous les anti-prohibitionnistes sont d'accord sur ce sujet. Francis Caballero et le MLC sont les premiers à proposer de lancer des campagnes d'information sur les méfaits de l'abus d'absorption cannabique. "Tu t'es vu quand t'as méfu ?", est un slogan que propose le MLC. Pas question, pour les anti-prohibitionnistes responsables, de dire que fumer un joint est absolument sans risque. Bien sûr qu'il ne faut pas prendre le volant, par exemple, quand on a fumé. Cette information-là, honnête et réaliste, doit passer auprès du public, et notamment être diffusée auprès des jeunes, en toute sérénité et non plus seulement dans l'habituelle hystérie anti-drogue ou à travers le filtre d'idées reçues qui confinent aux fantasmes.

Disons-le donc clairement: comme l'alcool entraîne l'ivresse alcoolique, le cannabis entraîne l'ivresse cannabique, une somnolence plus ou moins forte selon les individus. Bien sûr, la consommation régulière de cannabis peut induire une dépendance. Mais c'est une dépendance similaire à celle qu'occasionne la consommation régulière de tabac chez les fumeurs de cigarettes, ni plus ni moins. C'est vrai, on peut être "drogué au cannabis", mais tout comme on peut être drogué à l'alcool et/ou au tabac, ni plus ni moins. La seule différence, de taille, avec les deux drogues officielles précitées, c'est que le cannabis, lui, n'est pas une drogue mortelle !

IL N'Y A PAS "LA DROGUE", MAIS "DES DROGUES"

Les Tartuffes s'emploient à embrouiller le débat en prenant soin d'entretenir l'amalgame autour du terme générique de "drogue". Pour eux, toutes les drogues, du cannabis au crack, sont dangereuses. Résultat: l'information du public est impossible, faussée dès le départ. La vérité c'est que, de même qu'une canette de bière est moins alcoolisée qu'un verre d'alcool de prune ou de poire, un joint de cannabis est infiniment moins nocif qu'un shoot à l'héroïne. Il n'y a pas UNE "drogue", il y a DES "drogues", parmi lesquelles certaines (héroïne, cocaïne, LSD, etc.) sont bien plus dangereuses que d'autres pour la santé des individus.

Les Tartuffes ont tout intérêt à entretenir cet amalgame. Il leur sert d'épouvantail, leur permet de continuer à effrayer le bon peuple qui ne connaît rien à la question. "On commence par un joint, on finit par le shoot", entend-t-on souvent dans la bouche des Pasqua, Chenière et autres hérauts autoproclamés de la prohibition. Ben voyons ! Essayez de tirer sur un joint, messieurs les amateurs de pastis, voyez si vous êtes "accrochés" si vite que vous le croyez dans vos fantasmes, et vous pourrez revenir nous donner des leçons de morale et de santé publique !

Les fumeurs de pétards, eux, savent que ne passeront au shoot que ceux et celles qui sont déjà dans la détresse et le mal de vivre. Ils y seraient venus de toutes façons, avec ou sans cannabis. Car le fait d'avoir recours aux drogues "dures" traduit un malaise psychologique et social que les lois, les policiers et les juges sont incapables de régler. Il est facile d'interdire, beaucoup moins de répondre aux vraies questions que soulèvent les malaises d'humains en détresse. Les "responsables" politiques et judiciaires français continuent donc de choisir la facilité de la prohibition - cachez ce joint dont je ne saurais supporter l'existence - plutôt que de se creuser la tête à tenter d'apporter des solutions adéquates, humaines et réalistes, aux problèmes des drogues...

Il faut accepter de regarder la réalité en face: de tous temps, les humains ont eu recours aux drogues. Selon les époques, celles-ci ont été autorisées, ou non. Au début du siècle, la France instaurait la "régie des tabacs et des opiums". Malraux et nombre d'autres intellectuels fumaient de l'opium et de la marijuana sans apparemment être atteints de cette fameuse et fumeuse "dégénérescence du cerveau" que les Tartuffes contemporains promettent aux fumeurs de joints.

En cette fin de siècle, la France demeure donc l'un des tous derniers pays européens à maintenir une prohibition pure, dure... et parfaitement stupide puisque génératrice d'effets pervers dévastateurs et bien connus qui ont pour nom overdoses, suicides, accidents, délinquance, trafics en tous genres, blanchiment d'argent sale...

LA DÉPÉNALISATION EST DANS LE SENS DE L'HISTOIRE

Il est temps que les Tartuffes ouvrent les yeux, et que cesse l'hypocrisie. Le cannabis existe dans notre société, et le moment est plus que venu d'accepter d'en discuter sereinement chez nous et entre nous, comme on le fait chez nos voisins européens - et comme Gérard Jubert a tenté de le faire voici quelques mois dans son magazine. Consommer du cannabis, fumer des pétards n'est pas faire acte de délinquance. A chacun ses plaisirs, et que chacun s'occupe de ses fesses sans chercher à savoir ce que les autres font dans l'intimité de leur chez eux. Ceux qui apprécient de se retrouver occasionnellement dans les brumes du tabac et de l'alcool peuvent le faire sans que les flics soient lancés à leurs trousses. Il n'y a donc aucune raison pour qu'il en aille autrement avec les fumeurs de cannabis, du moment que les effets secondaires de celui-ci sont connus, expliqués clairement et avec pédagogie.

De toutes façons, le compte à rebours est déjà commencé. La dépénalisation est inévitable et se produira. Car elle est dans le sens de l'Histoire. La prohibition a démontré depuis longtemps son absence totale d'efficacité aussi bien en matière de santé publique que de lutte contre les trafics mafieux. De nombreux autres pays ont compris cela, et mis en oeuvre des politiques sanitaires et sociales autrement plus humaines, réalistes et efficaces que celles que nous connaissons en France. Mais nos "responsables" politiques, nos policiers et nos juges, dans leur majorité ne l'ont, eux, pas encore compris. Ces "responsables" continuent de mener, pour le plus grand malheur des vrais "malades", des vrais "drogués", des combats d'arrière-garde qui continueront de faire d'autres victimes innocentes. Sans doute n'y a-t-il pas encore eu assez de morts en France, pas assez de désastres liés au défaut d'information sur les drogues pour que la prise de conscience ait lieu chez nos Tartuffes qui font la loi...


SOMMAIRE DÉTAILLÉ

entretien avec Gérard Jubert