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L'Organe Magazine
Le Forum pourri de L'Organe

pétition de mes 2

 bezul'canard
Lundi 7 Mars 2005

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"les indigènes de la république" !! qu'ils ont osé appelé leur pétition, impensable. Ces nouveaux racistes anti-républicains, anti-laicques, n'ayant pas digéré quelques lois de bon sens, en particulier celle contre le port du voile à l'école, la ramènent en se posant sur le terrain de l'anti colonialisme. Mélant signatures d'intégristes notoires, de gogos de gauche, et d'extrème gauche, d'écolos foireux ( on y retrouve l'impayable Lipietz), cette pétition est à gerber.
 allahchiasse
Mardi 8 Mars 2005

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On y trouve même tarik ramadan, partisan de la lapidation des femmes adultères...
 Brakhmar le Rouge
Mardi 8 Mars 2005

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Question : Bezul'canard serait il Jean François Kahn? :-)



Plus sérieusement, ça fait un bout de temps qu'une partie de la gauche se ridiculise aux cotés des barbus et des communautaristes de tout bord.

Leurs petits joujou anti racistes (mrap, sos racisme, le MIB) sont en train de leur échapper, gangrénés par le communautarisme et un antisémitisme qui ne veut pas dire son nom, et s'appretent à leur peter à la gueule.

Je comprends pas ce que les Verts ou la LCR foutent avec des mouvements confessionnels, eux qui se considérent comme progressistes et généralement bouffeurs de curés se retrouvent à grenouiller avec les nouveaux culs benits.

L'histoire devrait pourtant avoir appri au petit Besancenot ou Nick Mamere que partout où la gauche a fait alliance avec les mouvements de libération théologiques (afghanistan,Iran, Irak, Amerique du sud(la belle desillusion de Regis Debray)) ses membres ont été les premiers à dégager sous les coups des saintes épurations (Ah la belle révolution islamique iranienne soutenue par l'ensemble de la gauche au nom de l'anti impérialisme...;les mollahs en rient encore).

Le nihilisme a de beaux jours devant lui.

PITRES.
 bezul'canard
Mercredi 9 Mars 2005

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Non, je ne suis pas JFK; mais je suis souvent d'accord avec ce qu'il écrit, et lis régulièrement Marianne; ces pétitionnaires sont vraiment des pitres, il n'y a pas à dire; l'extrème gauche s'est souvent fourvoyée dans ces coups tordus. Qu'on y retrouve le facteur à tête de puceau et l'écolo à la moustache de beauf ne m'étonne guère; A quand la revendication pour les couples homosexuels de pouvoir lapider celui des deux qui a fauté, après avoir été mariés par le curé de Bègles? Au fait, Lipietz a signé, mais Mamère, peut être que non? Brakmar, d'où tiens tu cette infos? est elle réelle ou est ce de l'anti-verts vicérale? Qu'en pense la rédac?
 Brakhmar le Rouge
Mercredi 9 Mars 2005

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Non, non concernant Mamère c'était juste gratuit. Mais je ne suis pas visceralement anti-Vert,Voynet ministre et leur campagne présidentielle 2002 m'ont toutefois sérieusement refroidi quant à leurs réelles motivations ou capacités.

Pour en revenir à notre pétition, Marianne précisait que de nombreux pétitionnaires s'étaient depuis rétractés, je serais curieux de connaitre les derniers signataires notamment politiques soucieux de "décoloniser" la France. Ca devrait faire rire leurs électeurs.



Organe, mon bel Organe

Je te sens un peu mou du genou ces derniers temps.

Des problèmes?
 bézul'canard
Jeudi 10 Mars 2005

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A propos de pétitionnaires qui se sont rétractés, il y a une donzelle du PS, élu je crois à la mairie de Paris, qui, la semaine dernière, dans un débat sur i-TV, a expliqué, la bouche en coeur, qu'elle ne pensait vraiment pas, en signant, que son nom pouvait se retrouver accolé à celui de Tarik Ramadan !!! ben voyons, ma cocotte, qu'est ce que tu croyais, lui ont répondu les autres débateurs, que c'était une pétition des progressistes rassemblés pour la bonne cause !!! pauvres socialos !! que fait encore Ménenchon dans cette galère, moi j'l'aime bien la ménench. a l'air plutot sincère.
 Brakhmar le Rouge
Jeudi 10 Mars 2005

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Le texte de la pétition.





« Nous sommes les indigènes de la République !... ». Appel pour les Assises de l’anti-colonialisme post-colonial.



Discriminés à l’embauche, au logement, à la santé, à l’école et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l’immigration post-coloniale sont les premières victimes de l’exclusion sociale et de la précarisation. Indépendamment de leurs origines effectives, les populations des « quartiers » sont « indigénisées », reléguées aux marges de la société. Les « banlieues » sont dites « zones de non-droit » que la République est appelée à « reconquérir ». Contrôles au faciès, provocations diverses, persécutions de toutes sortes se multiplient tandis que les brutalités policières, parfois extrêmes, ne sont que rarement sanctionnées par une justice qui fonctionne à deux vitesses. Pour exonérer la République, on accuse nos parents de démission alors que nous savons les sacrifices, les efforts déployés, les souffrances endurées. Les mécanismes coloniaux de la gestion de l’islam sont remis à l’ordre du jour avec la constitution du Conseil français du Culte Musulman sous l’égide du ministère de l’Intérieur. Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une loi d’exception aux relents coloniaux. Tout aussi colonial, le parcage des harkis et enfants de harkis. Les populations issues de la colonisation et de l’immigration sont aussi l’objet de discriminations politiques. Les rares élus sont généralement cantonnés au rôle de « beur » ou de « black » de service. On refuse le droit de vote à ceux qui ne sont pas « français », en même temps qu’on conteste « l’enracinement » de ceux qui le sont. Le droit du sol est remis en cause. Sans droit ni protection, menacées en permanence d’arrestation et d’expulsion, des dizaines de milliers de personnes sont privées de papiers. La liberté de circulation est déniée ; un nombre croissant de Maghrébins et d’Africains sont contraints à franchir les frontières illégalement au risque de leurs vies.



La France a été un Etat colonial... Pendant plus de quatre siècles, elle a participé activement à la traite négrière et à la déportation des populations de l’Afrique sub-saharienne. Au prix de terribles massacres, les forces coloniales ont imposé leur joug sur des dizaines de peuples dont elles ont spolié les richesses, détruit les cultures, ruiné les traditions, nié l’histoire, effacé la mémoire. Les tirailleurs d’Afrique, chair à canon pendant les deux guerres mondiales, restent victimes d’une scandaleuse inégalité de traitement.



La France reste un Etat colonial ! En Nouvelle Calédonie, Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Polynésie règnent répression et mépris du suffrage universel. Les enfants de ces colonies sont, en France, relégués au statut d’immigrés, de Français de seconde zone sans l’intégralité des droits. Dans certaines de ses anciennes colonies, la France continue de mener une politique de domination. Une part énorme des richesses locales est aspirée par l’ancienne métropole et le capital international. Son armée se conduit en Côte d’Ivoire comme en pays conquis.



Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s’y réduire, la politique coloniale Non seulement le principe de l’égalité devant la loi n’est pas respecté mais la loi elle-même n’est pas toujours égale (double peine, application du statut personnel aux femmes d’origine maghrébine, sub-saharienne...). La figure de l’« indigène » continue à hanter l’action politique, administrative et judiciaire ; elle innerve et s’imbrique à d’autres logiques d’oppression, de discrimination et d’exploitation sociales. Ainsi, aujourd’hui, dans le contexte du néo-libéralisme, on tente de faire jouer aux travailleurs immigrés le rôle de dérégulateurs du marché du travail pour étendre à l’ensemble du salariat encore plus de précarité et de flexibilité.



La gangrène coloniale s’empare des esprits L’exacerbation des conflits dans le monde, en particulier au Moyen-Orient, se réfracte immédiatement au sein du débat français. Les intérêts de l’impérialisme américain, le néo-conservatisme de l’administration Bush rencontrent l’héritage colonial français. Une frange active du monde intellectuel, politique et médiatique français, tournant le dos aux combats progressistes dont elle se prévaut, se transforme en agents de la « pensée » bushienne . Investissant l’espace de la communication, ces idéologues recyclent la thématique du « choc des civilisations » dans le langage local du conflit entre « République » et « communautarisme ». Comme aux heures glorieuses de la colonisation, on tente d’opposer les Berbères aux Arabes, les Juifs aux « Arabo-musulmans » et aux Noirs. Les jeunes « issus de l’immigration » sont ainsi accusés d’être le vecteur d’un nouvel anti-sémitisme. Sous le vocable jamais défini d’« intégrisme », les populations d’origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième colonne d’une nouvelle barbarie qui menacerait l’Occident et ses « valeurs ». Frauduleusement camouflée sous les drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive réactionnaire s’empare des cerveaux et reconfigure la scène politique. Elle produit des ravages dans la société française. Déjà, elle est parvenue à imposer sa rhétorique au sein même des forces progressistes, comme une gangrène. Attribuer le monopole de l’imaginaire colonial et raciste à la seule extrême-droite est une imposture politique et historique. L’idéologie coloniale perdure, transversale aux grands courants d’idées qui composent le champ politique français.



La décolonisation de la République reste à l’ordre du jour ! La République de l’Egalité est un mythe. L’Etat et la société doivent opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial. Il est temps que la France interroge ses Lumières, que l’universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française, refoule ce nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l’universel », censé « civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de promouvoir des mesures radicales de justice et d’égalité qui mettent un terme aux discriminations racistes dans l’accès au travail, au logement, à la culture et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les institutions qui ramènent les populations issues de la colonisation à un statut de sous-humanité.



Nos parents, nos grands-parents ont été mis en esclavage, colonisés, animalisés. Mais ils n’ont pas été broyés. Ils ont préservé leur dignité d’humains à travers la résistance héroïque qu’ils ont mené pour s’arracher au joug colonial. Nous sommes leurs héritiers comme nous sommes les héritiers de ces Français qui ont résisté à la barbarie nazie et de tous ceux qui se sont engagés avec les opprimés, démontrant, par leur engagement et leurs sacrifices, que la lutte anti-coloniale est indissociable du combat pour l’égalité sociale, la justice et la citoyenneté. Dien Bien Phu est leur victoire. Dien Bien Phu n’est pas une défaite mais une victoire de la liberté, de l’égalité et de la fraternité !



Pour ces mêmes raisons, nous sommes aux côtés de tous les peuples (de l’Afrique à la Palestine, de l’Irak à la Tchétchènie, des Caraïbes à l’Amérique latine...) qui luttent pour leur émancipation, contre toute les formes de domination impérialiste, coloniale ou néo-coloniale.



NOUS, descendants d’esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés, NOUS, Français et non-Français vivants en France, militantes et militants engagé-es dans les luttes contre l’oppression et les discriminations produites par la République post-coloniale, lançons un appel à celles et ceux qui sont parties prenantes de ces combats à se réunir en Assises de l’anti-colonialisme en vue de contribuer à l’émergence d’une dynamique autonome qui interpelle le système politique et ses acteurs, et, au-delà, l’ensemble de la société française, dans la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle.



Le 8 mai 1945 , la République révèle ses paradoxes : le jour même où les Français fêtent la capitulation nazie, une répression inouïe s’abat sur les colonisés algériens du Nord-Constantinois : des milliers de morts !



Le 8 mai prochain, 60ème anniversaire de ce massacre, poursuivons le combat anticolonial par la première Marche des indigènes de la République .
 Brakhmar le Rouge
Jeudi 10 Mars 2005

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Des signataires s'expliquent.

Trouvé sur le site millebabords.org

C'est un peu long mais tellement bon....







Indigènes de la République, réponses à quelques objections...

par Alix Héricord, Sadri Khiari, Laurent Lévy

L’appel « Nous sommes les indigènes de la République », que nous avons signé suscite des réactions très contrastées. Si la plus notable est l’enthousiasme avec lequel cet appel est accueilli par un grand nombre de celles et ceux auquel il est destiné, « les personnes issues de l’immigration coloniale », et celles qui entretiennent un rapport critique avec l’héritage colonial républicain (il a reçu plus de 1000 signatures individuelles et associatives en moins de 15 jours), d’autres oscillent entre la manifestation de réserves plus ou moins nettes et la franche hostilité.



C’est pourquoi nous avons souhaité répondre à un certain nombre d’interrogations ou critiques, éclairant ici ou là certains angles morts du texte. Il s’agit moins, toutefois d’un exercice de Défense et illustration du texte de l’appel lui-même, même si nous l’assumons sans ambiguïté, que d’une explication de l’engagement des trois auteurs de ce texte pour les initiatives proposées par cet appel : les Assises de l’anticolonialisme postcolonial, et la Marche des indigènes de la République.



Au texte lui-même, il a parfois été reproché sa violence, son caractère univoque, son manque de nuances. Nous n’en discuterons pas : il ne s’agit ni d’un traité, ni d’un article de revue savante, ni d’un extrait de bavardage amical, ni d’ailleurs d’un manifeste. Il s’agit des grandes lignes d’une réflexion qui reste à approfondir, ainsi que l’expression d’une révolte et d’une volonté. Révolte contre les discriminations dont la République afflige les héritiers malchanceux du système colonial ; volonté de donner plus de force à tous ceux qui collectivement ou individuellement luttent déjà pour une égalité réelle, à tous ceux qui voudraient le faire, et ce en favorisant leur rencontre dans la réflexion critique et dans la rue. Les enjeux de la dynamique soulevée par l’appel supposent peut-être que l’on en rabatte sur quelques menus scrupules exégétiques et autres exigences de modération.



1) Pourquoi le constat des discriminations actuelles et la lutte contre ces dernières devraient-ils faire le détour par l’histoire coloniale ? Est-ce bien opératoire ? Par ailleurs n’est-ce pas galvauder le mot colonial et faire injure à la mémoire de ceux qui ont vécu la colonisation que d’établir une comparaison entre la période coloniale et la période actuelle ?



La notion de continuum colonial est de plus en plus souvent et fortement convoquée, tant sur un mode stratégique ou dénonciateur par les acteurs des luttes liées à l’immigration que par les chercheurs travaillant sur l’immigration ou l’histoire coloniale sur un mode assertif ou critique.



Ainsi trois des mouvements qui depuis 10 ans ont émergé des luttes autonomes menées autour des torts faits aux immigrés et à leurs descendants ont chacun à leur façon pointé l’héritage colonial de l’Etat français. « Hier, morts pour la France, demain morts pour des papiers ? » : c’était dans les années 1990 l’un des slogans des sans-papiers. Ces derniers en effet ont pu à certains moments enrôler dans leur bataille les tirailleurs sénégalais et la rhétorique nationaliste de l’impôt du sang pour rappeler la France à ses « devoirs » envers les « descendants » des troupes coloniales1. Si les sans-papiers ont parfois tenté de prendre au mot la logique nationaliste du « mérite » susceptible d’indexer l’obtention de droits au « sang versé » pour l’empire, les jeunes filles visées par loi sur le foulard, ainsi que les acteurs du combat contre leur excl usion ont quant à eux purement et simplement dénoncé durant leur combat une loi coloniale2. Et pour dénaturaliser la pseudo-évidence de l’équation sub specie aeternitatis dévoilement = émancipation, c’est bien sûr dans la riche histoire coloniale du dévoilement des femmes indigènes que l’on puisât en priorité3, soit pour rappeler comment il fut mis en scène par les autorités françaises en 1958 à Alger ou encore pratiqué sous la contrainte par les militaires à la fin de la guerre d’Algérie dans le but de réaliser des photos d’identité4.



Autre mouvement à avoir dénoncé les séquelles coloniales de l’Etat français, le MIB (Mouvement Immigration Banlieue) qui fit campagne contre « la justice coloniale » appliquée aux personnes issues de l’immigration, et contre « la gestion coloniale des quartiers ». Sur ce dernier thème, certains historiens de la colonisation n’hésitent d’ailleurs pas à renchérir :



« D’une certaine façon, on assiste bien à un retour du cadre idéologique colonial. Celui-ci est notamment perceptible dans la manière de représenter les espaces de l’immigration, comme dans le traitement politique ou social du ‘problème’ des banlieues. Ces banlieues, symbole de toutes les peurs des années 90, sont devenues pour les élites de la République et pour les médias des ‘espaces de non-droit’, des espaces dangereux, fermés sur eux-mêmes, peuplés de ‘bandes’ ou de ‘hordes ethniques’ (comme les ‘bandes de zoulous’ dont parlaient les médias au milieu des années 80), des espaces qui échappent au contrôle de la République, marginalisés, ensauvagés. En cette fin de siècle, ces espaces ne font plus que formellement partie de la France, ils sont envisagés comme des ‘points noirs’ (au nombre de 400 selon l’ancien 1er Ministre Alain Juppé), des ‘cancers’ de la république ou des m ondes distincts peuplés de ‘sauvageons’ (JP. Chevènement, 9 mars 1998). Hier le système colonial employait la ségrégation entre colons et colonisés et maîtrisait les soubresauts identitaires ou nationalistes avec la ‘pacification’, aujourd’hui les politiques concernant les zones sensibles tendent à reproduire les mêmes schémas. Cette politique combine la répression, par l’implantation de commissariats, la multiplication des îlotages et l’installation de surveillance vidéo ; l’éducation (les établissements dotés de moyens spécifiques) ; l’intégration (les maisons de quartiers, les jeux de rue, la promotion du sport, etc.) ; et, enfin, la réaffirmation de l’autorité de l’Etat (construction de bâtiments administratifs, voyages officiels ministériels ou présidentiels fortement médiatisés, etc.)



Comment ne pas rapprocher ce tableau des descriptions des espaces coloniaux à reconquérir à la fin du XIXe siècle ? Même vocabulaire, même appréhension devant l’inconnu, même volonté, aussi de (re)conquête. Car ce que l’on pourrait désigner comme les nouvelles enclaves coloniales - le missionnaire, l’administrateur, l’enseignant et le militaire -, se retrouvent pratiquement trait pour trait sous la forme de l’agent social (ou de l’éducateur), du représentant de l’Etat (ou du maire), du professeur, du policier (ou du CRS en cas de ‘crise’ ou de ‘pacification’). Il s’agit de ramener cet espace clos, hors de la République, à notre modèle urbain ‘normal’, la ville policée, tout comme les espaces sauvages des colonies devaient être‘civilisés’. Comme on vient de le voir, il s’agit d’opérer un quadrillage (policier, éducatif, soc, administratif, etc) : la réponse à la ‘ghetthoïsation’ progressive des banlieues, c’est d’abord de ‘civiliser’ l’immigré-type.5 »



Bien entendu ce type de comparaison est loin de faire l’unanimité dans le champ académique, reste esquissé et laisse de toute façon pendants un certain nombre de problèmes méthodologiques sur la nature du rapprochement à établir entre passé colonial et présent. Mais par-delà ces préoccupations académiques légitimes, ce qui nous intéresse ici c’est de pointer, même s’il s’agit encore d’un phénomène très minoritaire, l’émergence d’une articulation entre les travaux sur l’immigration et l’histoire coloniale, ainsi que le début d’une réflexion sur la dimension postcoloniale de la France6. Bref, il semblerait que ce qui a déjà été entrepris pour les zones anciennement colonisées comme l’Afrique ou l’Inde depuis un certain temps maintenant et en partie par des chercheurs originaires de ces zones : réfléchir à ce dont la situation actuelle a hérité de la colonisation, la France veuille commencer à le faire pour elle-même7. Le fait d’avoir occupé la position dominante dans un processus de domination n’autorise pas à conclure que seuls les anciens dominés doivent se préoccuper de la nature postcoloniale de leur situation.



C’est également de cette situation postcoloniale que les Assises prétendent partir. Une situation que caractérise certes les ruptures induites par les décolonisations, mais également un lourd héritage colonial dans les ex-colonies comme dans leur ex-métropole. Nous n’avons bien sûr jamais prétendu poser une équation entre la situation actuelle et l’expérience coloniale, c’est bien pourquoi si nous parlons des combats anticolonialistes à mener, nous précisons dans l’intitulé même des Assises qu’ils sont à mener en situation postcoloniale.



Pistes de recherches, analyses militantes, discours activistes, ressenti des personnes, morceaux de mémoire vive, conjoncture nationale et internationale extrêmement défavorable aux personnes issues de l’immigration... autant d’éléments qui nous poussent à souhaiter d’une part que le débat sur le continuum colonial s’amplifie, et ensuite que les conséquences politiques en soient discutées et tirées collectivement au moins à un double niveau.



Primo en mettant en évidence les origines coloniales de la République dans laquelle nous vivons, nous sommes également amenés à interroger les origines indissolublement républicaines et coloniales du racisme français, ainsi que la persistance d’un néo-colonialisme républicain.



Secundo postuler qu’il existe une matrice républicaine du racisme français et du néo-colonialisme nous permet d’éviter de s’en tenir à l’énumération morne du disparate des horreurs (il y a des racistes, il y a des flics agressifs, il y a des gens méchants, des ministres imbéciles et des interventions maladroites en politique étrangère...) et à la dilution des cibles politiques. L’historicisation du racisme français en nous ramenant à l’histoire coloniale de la France et spécifiquement à l’histoire de la République coloniale nous permet dans le même temps d’entrapercevoir la possibilité d’une convergence des luttes contre les toutes les manifestations d’un même continuum colonial. Notre démarche consiste à pointer le rapport politique (la République postcoloniale) producteur de toute une série de discriminations que par ailleurs de nombreuses luttes particul ières dénoncent (droit au logement, sans papiers, droit de pratiquer sa religion, lutte contre les crimes policiers, pour l’égalité dans le travail, etc.).



2) Comment peut-on oser critiquer la République et l’or de ses attributs, les Lumières, l’universalisme, l’égalité... ? C’est se vouer bien sûr à l’obscurantisme, au particularisme, au communautarisme... et autres maléfiques, et parfois anglo-saxonnes, doctrines.



Il est toujours extrêmement difficile de critiquer la République en France, soit « le modèle français » par excellence, sans mettre en branle toute une série de réflexes de pensées, de dichotomies et de catégories pesantes ayant plus à voir avec les représentations idéales et incantatoires forgées par les doctrinaires de tout poil qu’avec la réalité des pratiques. Pour n’évoquer qu’un seul de ces pièges attendus, critiquant la République, nous ne serions pas « universalistes », nous serions donc par conséquent « communautaristes » puisque nous sommes sommés par la logique un peu courte des débats imposés de nous mouvoir entre ces deux pôles. « Communautaristes » ! Et la République de frissonner face à ce double péril de communautés closes et dangereuses, et d’un modèle anglo-saxon agressif. Peut-être est-ce impossible mais nous ne souhaitons pas prendre notre place dans le gran d jeu de la concurrence entre des modèles abstraits. La République dont nous parlons, nous la regardons dans ses œuvres et au ras de ses pratiques, non dans les discours qu’elle tient sur elle-même. Si nous dénonçons avec vigueur certaines œuvres de la République réelle comme la colonisation et la répression, l’exclusion et le racisme, nous ne perdons pas notre temps à évoquer la République rêvée, celle qui définit un monde qui n’a jamais eu d’existence ou si peu, et dont la seule fonction historique aura été de masquer, précisément, la République réelle... Nous ne sommes pas plus les ennemis de la République rêvée que de la Licorne bleue. S’il nous arrive d’en dénoncer l’usage idéologique, nous ne nous posons pas plus en ennemis qu’en partisans de ce que nous analysons simplement comme un mythe.



C’est pourquoi lorsque nous parlons de la République, nous ne parlons pas du républicanisme en général ou en théorie, ni de la République romaine ou florentine, mais d’une incarnation historique précise : le projet indissolublement colonial et républicain de l’Etat français tel qu’il fut élaboré par la IIIe République au moment où l’extension impériale de la France atteint son maximum, et tel que ses échos perdurent encore de nos jours. Un projet qui tout en recyclant des pratiques d’Ancien régime fait rupture parce qu’il accorde une place centrale à l’Etat français dans le processus colonial, ainsi qu’aux discours et technologies que l’Etat produit pour rationaliser et légitimer ce processus (mission civilisatrice, droit colonial...). Les manuels de droit coloniaux républicains insistent sur le « caractère étatique », ainsi que juridique de la colonisation moderne, inaugurée au XIXe siècle :



« La colonisation est une affaire d’Etat. Elle relève des gouvernements. Il faut bien comprendre le sens de cette affirmation. Pendant longtemps, la colonisation a été conçue d’une manière différente. Il se peut d’ailleurs que cette intervention de l’Etat soit précédée, préparée, facilitée par des initiatives privées. Ainsi en a-t-il été à l’origine de la formation de nombre de colonies. Mais, aussi longtemps que ces initiatives privées s’exercent seules, aussi longtemps que les gouvernants d’un Etat à civilisation européenne n’interviennent pas pour les guider, les contrôler ou les soutenir, il n’y a pas, à proprement parler, de colonisation8. »



L’investissement de l’Etat dans la colonisation moderne a débouché sur la fabrication d’un droit racialisé qui posait une différence au sein des Français entre les « citoyens français » (les métropolitains ou les personnes issues de métropole) et les « sujets français » aussi nommés « indigènes » (les populations de l’Empire) :



« Nul n’ignore que, dans la métropole, tous les nationaux français, sans distinction d’origine, sont citoyens. Sans doute on réserve parfois le nom de citoyens à ceux qui bénéficient de l’électorat politique, c’est-à-dire aux nationaux remplissant certaines conditions d’âge et de sexe. Mais la notion de citoyen doit être entendue dans un sens plus large. (...) Les lois sont faites pour tous les nationaux français, sans distinction de race, d’origine, de religion, de situ soc. (...) La législation est unique et uniforme ; il n’y a pas plieurs catégorie juridiques de Français.



Dans la plupart des colonies, on se trouve en présence d’une situation différente. Les nationaux se divisent en deux catégories : les citoyens, dont le statut politique et juridique se rapproche de celui des habitants de la métropole, et les non-citoyens, ou sujets français, dont le statut est assez sensiblement différent.



L’existence de cette distinction s’explique assez aisément. S’il est normal de traiter la population d’origine européenne comme la population métropolitaine, il n’en va pas de même pour la population indigène. Celle-ci est très différente de civilisation et de formation. (...) En raison du degré de formation des indigènes et de leur nombre, une surveillance spéciale doit s’exercer sur eux. Il leur faut souvent un régime pénal et même un régime disciplinaire particuliers. Il y a là une nouvelle raison de la distinction des deux statuts.9 »



C’est bien entendu la différence de « civilisation », en bref la différence de mœurs et de coutumes, qui est supposée justifier d’une part la non-citoyenneté des indigènes de la République et d’autre part fonder le principe d’un régime punitif distinct du droit commun (le code de l’indigénat). Ainsi l’hétérogénéité « civilisationnelle » des indigènes justifie les discriminations et l’existence d’une nationalité à double vitesse. Et c’est l’assimilation, soit en fait l’adoption des mœurs, coutumes et normes (supposées uniformes) de la métropole, qui conditionne en grande partie l’accès aux droits civiques et politiques, ainsi qu’à l’égalité de traitement en matière pénale10.



Le racisme juridique et étatique qui accompagne la formation de la IIIe République persiste peu ou prou jusqu’aux décolonisations, il constitue l’une des conditions de possibilité de l’imaginaire raciste français et n’est sans doute pas sans effet sur la situation actuelle.La question mérite à tout le moins d’être posée et examinée d’un point de vue politique.



3) Vous victimisez les colonisés, alors qu’eux aussi savent être des salauds. La preuve : la catastrophe des régimes post-indépendance. Vous diabolisez, dressez un tableau en noir et blanc d’une France collabo et d’(ex)-colonisés victimes. Vous figez les identités dans un face-à-face binaire.



Pour pallier le reproche de victimisation, faut-il vraiment montrer patte blanche et reconnaître un certain nombre de préalables qu’il ne nous semblait pas indispensable de faire figurer dans un appel à des assises se déroulant en France ? S’il s’agit de reconnaître la nullité dramatique de certains régimes post-indépendance, nullité qu’il convient néanmoins aussi de mettre en rapport avec les effets du legs colonial français, d’accord. Par parenthèse la critique de ces régimes est souvent assumée, non sans difficultés bien sûr, par les personnes qui vivent ou ont vécu sous ces régimes.



Si plus généralement il s’agit aussi de reconnaître la complexité du phénomène colonial qui n’est pas exclusivement constitué d’un face-à-face entre des colons blancs et coupables et des victimes noires, cela est certain. Que des chefs arabes et africains d’ailleurs aient participé à la traite, oui. Que les tirailleurs sénégalais et les troupes coloniales ne se soient pas contentés de tirer sur les « ennemis de la France » en 1870 et pendant les deux guerres mondiales et qu’ils aient aussi servi à conquérir de nouvelles colonies, ainsi qu’à faire du maintien de l’ordre dans l’empire, c’est vrai. Qu’aient existé des élites indigènes et des Beni oui oui qui s’accommodèrent plutôt bien du système colonial et relayèrent sa domination, certes. Qu’il existe également des classes sociales dans les sociétés indigènes, et par conséquent un cœur de la domination coloniale en l’espèce du « subalterne&nbs p ; », dominé doublement par les élites coloniales et par les bourgeoisies indigènes, puis ensuite par les élites nationalistes, d’accord. Qu’il y ait eu aussi à travers et parfois par-delà domination et coercition, des productions et des luttes communes, des amours, des amitiés, des mariages mixtes et des métis... oui. Et oui encore, c’est Emilie Busquant, compagne de Messali Hadj et fille d’un mineur anarcho-syndicaliste qui confectionna pour la première fois à Paris le drapeau national algérien...



En même temps, il est assez curieux que le principal argument invoqué pour montrer que les ex-colonisés ne sont pas seulement des victimes soit l’échec des régimes issus de l’indépendance. S’il convient d’évoquer ces dictatures, c’est bien plutôt pour dénoncer le soutien que la République française ne leur a jamais ménagé. Pourquoi être renvoyé hors de France lorsqu’on appelle à une réflexion ainsi qu’à la constitution d’un mouvement autour de la question de la décolonisation de la République française ? Et là c’est à nous de renverser le soupçon ou du moins de s’interroger sur ce que pourrait signifier ce déplacement.



Signifierait-il que ces régimes issus de la décolonisation furent si catastrophiques que finalement l’Etat français est immunisé contre toute critique, ou mieux qu’il ne fut pas si terrible le bon vieux temps des colonies. Se faisant l’écho d’un phénomène qui déborde le seul champ historique, des historiens de l’Inde coloniale ont peut-être raison de s’inquiéter « d’une récente vague de nostalgie impériale, allant de pair avec un millénarisme marchand, qui a donné une nouvelle vie au mythe selon lequel les empires coloniaux européens du XIXe et du XXe siècles auraient incarné des structures plutôt bénéfiques. Ainsi certains historiens répètent à l’envi que, dans sa grande magnanimité, l’Empire britannique a apporté la ‘modernité’ aux barbares, et que nous devrions lui en être reconnaissants.11 »



Pourquoi par ailleurs renvoyer un appel qui pointe les problèmes bien français vécus par des personnes vivant sur le sol français à ce qui se vit dans des pays étrangers ? Ce procédé n’a pas cessé d’être utilisé dans ce qu’on appelle communément « l’affaire du foulard », puisque dans cette affaire française impliquant des jeunes filles et des jeunes femmes le plus souvent françaises, l’Algérie ou encore l’Iran n’ont cessé d’être convoqués. Pourquoi parler du voile en citant les exemples de pays étrangers à des françaises qui n’ont souvent jamais mis les pieds dans ces pays et n’en parlent pas la langue... ? Pour les convier une nouvelle fois à l’idée qu’elles ne sont pas complètement françaises sans doute.



4) En distinguant entre initiateurs et soutiens, vous reprenez un mode d’agencement binaire et manichéen du type les « victimes et leurs ami(e)s », déjà difficilement justifiable au moment des décolonisations mais assurément périmé. Comment se reconnaître dans cet appel sans être « issu des anciennes colonies » et autrement que sur le mode de la culpabilité ou à titre de force d’appoint ? Et d’abord de quel « nous » parlez-vous ?



Rapidement et pour éviter tout malentendu la distinction entre initiateurs et soutiens ne renvoie qu’à une simple question de division du travail, et ne constitue en aucun cas à la reprise des catégories en vigueur à l’époque des combats pour la décolonisation. Les initiateurs désignent concrètement les personnes qui se sont réunies régulièrement pour préparer ces assises. Et d’ailleurs parmi les initiateurs certains ne sont pas "issus" des anciennes colonies, tout comme parmi les soutiens beaucoup en sont issus.



Mais pour répondre plus précisément encore à la question des agencements qui sous-tendent le « nous » employé, disons qu’il y a de nombreuses façons, plus ou moins vives bien sûr, d’être touché par les persistances coloniales républicaines et de pouvoir se dire « descendants d’indigènes » :



Il y a d’abord celles et ceux qui sont touchés en première personne et de plein fouet. Celles et ceux qui sont constamment ramenés à leurs « origines » en raison de leur nom, de leur sale gueule, de leur histoire sociale ou de leur nationalité... Celles et ceux qui sont effectivement issus des anciennes colonies avec une mention spéciale pour les plus précaires d’entre eux.



Mais il y a aussi tous ceux, en théorie tout le monde, qui vivent avec eux selon toute la gamme des affects et des situations : ami(e)s, amant(e)s, épouses, maris, voisin(e)s, collègues, passant(e)s...Ceux encore qui réagissent mal à la brutalité d’un contrôle au faciès. Ceux qui parce qu’ils habitent eux aussi dans des quartiers dits « sensibles » sont contrôlés plus souvent et plus mal que de coutume. Ceux qui dans la communauté scolaire refusent l’exclusion de jeunes filles ou de jeunes garçons pour le motif qu’ils portent voile ou turban. Ceux qui dans la communauté hospitalière auront bientôt à se prononcer sur l’exclusion d’un personnel soignant voilé, et sur le libre choix de son médecin. Ceux qui dans un aéroport ou un avion réagissent à une expulsion...



Enfin il existe un certain nombre de réverbérations métropolitaines de l’expérience coloniale qui touchent à de nombreux domaines et qui ont indigénisé des pans entiers du modèle républicain : « Il ne faut jamais oublier que la colonisation, avec ses techniques et ses armes politiques et juridiques, a bien sûr transporté des modèles européens sur d’autres continents, mais qu’elle a eu aussi de nombreux effets de retour sur les mécanismes de pouvoir en Occident, sur les appareils, institutions et techniques de pouvoir. Il y a eu toute une série de modèles coloniaux qui ont été rapportés en Occident, et qui a fait que l’Occident a pu pratiquer aussi sur lui-même quelque chose comme une colonisation, un colonialisme interne.12 » On peut bien sûr penser aux techniques répressives employées à l’encontre du prolétariat français, ce sont par exemple les militaires formés s ur le terrain algérien, le maréchal Bugeaud en tête qui matèrent les journées de juin 1848 et imposèrent leur vue concernant la guérilla urbaine13. On peut encore penser à l’expérience de l’exclusion des droits civiques et politiques qui fut commune aux « indigènes » de l’empire français et aux femmes françaises ; puisque les uns comme les autres tout en étant de nationalité française ne furent exclus de la citoyenneté jusqu’en 1944. On peut évoquer enfin ce que l’école de Jules Ferry et le devoir de dresser les « fils d’ouvriers et de paysans » afin qu’ils ne tombent pas dans « l’idéal socialiste ou communiste » a pu emprunté à l’idéologie de la « mission civilisatrice ».



Ainsi de même qu’il y a plein de bonnes raisons de participer à une manifestation de défense de l’avortement sans être une femme ou sans être une femme qui a avorté, de même qu’il y a plein de bonnes raisons de participer à une gaypride sans avoir de pratiques homosexuelles, de même qu’on peut participer à un mouvement de précaires sans l’être (ou du moins pas encore) ou à une manif de sans-papiers tout en ayant sa carte d’identité dans la poche, il n’est pas besoin de brandir son arbre généalogique pour participer à un mouvement des « indigènes de la République ». L’usage expansif de la 1ère personne du pluriel depuis les années 70 dans les luttes pour l’émancipation a fait émerger des sujets politiques complexes dont nous ne comprenons pas pourquoi les « indigènes » seraient exclus.



5) Vous excluez la question sociale, or pour penser l’action commune il faudrait précisément revenir à la question sociale plutôt que de l’ethniciser ?



D’une part, il faut bien constater que les problèmes liés au racisme ne se résorbent pas entièrement dans la question sociale. L’on peut souffrir du racisme en France, et même du racisme d’Etat sans appartenir aux classes les plus pauvres, ainsi que l’atteste l’exemple récent des jeunes filles voilées et exclues de leurs établissements. Sans se prononcer sur les situations sociales de ces jeunes filles, globalement modestes d’ailleurs, l’injonction à l’invisibilité que manifeste la loi qui les exclue de l’école constitue en soi un problème que le « traitement social » du racisme semble insuffisant à appréhender.



Par ailleurs et surtout plutôt que de vouloir faire passer à la trappe la question raciale au motif qu’elle fâche ou qu’elle divise, il conviendrait plutôt de se demander pourquoi les pourtours de la question sociale épousent si souvent et si bien ceux de la communauté issue de l’immigration. 40 % de cette communauté est au chômage (contre 10 % qui est la moyenne générale), et ceux de ses membres qui obtiennent un travail restent le plus souvent dans les positions les plus subalternes. C’est au sein de cette communauté que les médias, les experts et souvent les prisons recrutent les nouvelles « classes dangereuses »... Plutôt que de botter en touche, nous préférons reprendre le questionnement initié par Abdelmalek Sayad dans un texte posthume, « L’immigration en France, une pauvreté ‘exotique’ »14. Dans ce texte Sayad tout en reconnaissant la matrice commune de la pauvreté des nationaux et d e celle des immigrés - être perçue dans les pays riches comme un échec du système et donc comme quelque chose d’extérieur -, notait aussi la spécificité de la pauvreté immigrée. Une pauvreté doublement incongrue puisqu’à la fois extérieur au système et provenant de l’étranger. De cette spécificité de la pauvreté immigrée tirait toute une série d’interrogations qui nous semblent toujours d’actualité. « Dans quelles conditions et sous quelle forme, l’immigration est-elle synonyme de pauvreté ? Quel traitement social cette ‘autre’ pauvreté peut-elle recevoir et quels traitements a-t-elle reçus au fur et à mesure des transformations qu’a connues l’immigration (et, ici, l’immigration algérienne) en France ? Quel effet a-t-elle pu avoir sur la pauvreté ‘nationale’ et en quels termes parlait-on et parle-t-on encore, de l’une et de l’autre ? »



Bref loin d’évacuer la question sociale, nous nous demandons plutôtpourquoiladite question sociale touche de plein fouet les personnes issues de l’immigration. Reconnaître que les personnes issues de l’immigration constituent bien souvent la première cible du précariat généralisé ou du tout sécuritaire par exemple n’exclue bien sûr pas la convergence avec ceux qui luttent sur ces mêmes terrains. Nous n’avons jamais voulu isoler le combat des post-colonisés des luttes contre les autres formes de domination. Les différentes modalités de domination s’imbriquent, se supportent, se confondent souvent, et impliquent donc aussi, mais pas seulement, des combats communs.



6) Vous nous considérez comme de la « gangrène »...



Un certain nombre de critiques portent sur l’affirmation polémique de l’appel suivant laquelle : « Une frange active du monde intellectuel, politique et médiatique français, tournant le dos aux combats progressistes dont elle se prévaut, se transforme en agents de la « pensée » bushienne (...). Déjà, elle est parvenue à imposer sa rhétorique au sein même des forces progressistes, comme une gangrène »



D’une manière assez surprenante, un certain nombre de lecteurs et de lectrices de l’appel, se considérant pourtant ‘de gauche’, ‘progressistes’, ‘anti-racistes’, etc., se sont reconnu-e-s dans cette description. Notre première réflexion serait de répéter l’adage suivant lequel « qui se sent morveux, qu’il se mouche ». Et peut-être que le nombre de celles et ceux qui se reconnaissent dans une formule qui visait expressément les réactionnaires new-style du Nouvel Obs, les Taguieff, Finkelkraut ou Gallo, est-il l’indice de ce que la « gangrène » évoquée dans l’appel s’étend plus qu’on ne l’aurait cru, ce qui renforce l’urgence de sa dénonciation.



A y bien réfléchir, on reste toutefois surpris : ainsi, ceux-là même qui rechignent à s’identifier aux « indigènes de la République » n’hésitent pas une seconde à s’identifier à la « gangrène des forces progressistes ». Nous ne chercherons pas à expliquer à ceux-là qu’ils se trompent : ils ont choisi leur camp. Mais il nous semble utile de souligner leur exemple à l’attention de celles et ceux qui s’interrogent sur la pertinence de l’analyse proposée dans l’appel : ils en sont en effet bonne illustration des désastres de l’idéologie coloniale persistante...



7) Vous êtes communautaristes.



En employant le terme d’« indigène », une catégorie juridico-administrative stigmatisante produite par la République pour désigner l’ensemble des populations colonisées de son empire, ainsi que leur assujettissement, nous ne revendiquons pas d’autre communauté que celle qui subit, reconnaît et critique activement l’intériorisation de certaines normes coloniales par le pays dans lequel nous vivons.



Cela dit, c’est plus pour ce qu’il sous entend que pour ce qu’il énonce expressément que le grief de « communautarisme » nous choque. Et plutôt que de répondre à ce grief, nous entendons le critiquer. De quoi parle-t-on, dans le débat français, lorsque l’on parle de « communautarisme ».



 bezul'canard
Samedi 12 Mars 2005

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Putaing, il est long, cet article, Brakhmar, je l'édite, car effectivement, il n'a pas l'air triste. Heureusement que ces cons ne représentent qu'eux même !!!
 Je suce labite a copter
Mercredi 20 Mars

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Hi hi hi coulé

 Anonyme Blasé
Jeudi 21 Mars

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Une chose est sure en tout cas, c'est que Bite Man avait raison. Quand on lit le debat du dessus et les mongoleries que toi et tes potes orguliens a 3 neurones viennent poster ya un monde d'ecart !
 Merdgar
Jeudi 21 Mars

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C'était déjà comme ça il y a 6 mois sans les posteurs de nègres et de risitas. Vous vous êtes coulés vous-même. La merde attire les mouches.

La qualité de fond du spam à copter pendant sa puterie est parlante. Le pourri sombre à mesure que ses membres s'enfonce dans la cassosserie. Les deux harceleurs de la ligue du lol. copter qui s'en prend aux femmes, etc. Vous finirez tous mal. Sauf Semoule et Biteman parce qu'ils sont pleins aux as. C'est karmique. En tôle, avec Mamadou et Abdul, vous regretterez le posteur de nègres juif de votre enfance...


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